AFRIQUE – Le président sénégalais limoge son Premier ministre Ousmane Sonko

« La fracture », « Diomaye prend le pouvoir », « Adieu au duo », « Gueguerre ». Les titres de la presse sénégalaise se font écho samedi matin du séisme politique dans le pays. Le divorce entre le président sénégalais et son charismatique mais encombrant Premier ministre Ousmane Sonko s’est acté vendredi avec le renvoi du gouvernement, plongeant le Sénégal dans l’incertitude politique.

 

Les divergences entre les deux hommes s’affichent sur la scène publique depuis des mois. Dans une déclaration lue à la télévision nationale vendredi soir par le secrétaire général de la présidence, le président Bassirou Diomaye Faye annonce avoir « mis fin aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko » et de son gouvernement, après des mois de tensions entre les deux anciens compagnons de route.

 

Critiques

 

Celles-ci avaient commencé à émerger en juillet 2025 lorsque le bouillonnant Premier ministre s’en était vivement pris au président Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays. Depuis, les signes de dissensions se sont multipliés. Début mai, le président avait critiqué la « personnalisation excessive » de son Premier ministre au sein du parti au pouvoir. « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance », avait-il déclaré dans une interview télévisée.

 

Vendredi matin, quelques heures avant son limogeage, le Premier ministre avait critiqué Diomaye Faye lors d’une intervention à l’Assemblée nationale, à propos du contrôle et de la transparence des fonds politiques, des sommes d’argent dont l’utilisation se fait à la discrétion du président. Par ailleurs, il critiquait régulièrement la lenteur des poursuites contre d’anciens responsables sous l’ex-président Sall, qu’il accuse de corruption.

 

Assise populaire

 

Alors que Ousmane Sonko demeure le leader incontestable de leur parti, le Pastef, largement majoritaire à l’Assemblée, se pose la question de la possibilité pour le président de pouvoir gouverner et passer des réformes dans le pays qui fait face à de graves difficultés économiques.

 

Farouche opposant au président Macky Sall (2012-2024), le Premier ministre sortant avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 après une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques. Ousmane Sonko avait alors désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course.

 

Vendredi soir, des centaines de militants ont convergé vers le domicile de Ousmane Sonko à Dakar pour l’acclamer, démontrant l’incontestable assise populaire du leader du Pastef.

 

Réforme

 

Il y a quelques semaines, le parlement a ouvert la voie à une candidature d’Ousmane Sonko à la prochaine présidentielle en 2029, en adoptant une réforme du code électoral. Néanmoins, celui-ci a été élu député aux législatives de novembre 2024 avant de renoncer à son mandat pour rester Premier ministre, ce qui, pour son parti, signifie qu’il est éligible.

 

Diomaye Faye qui, à la différence du leader du Pastef, ne bénéficie pas d’un engouement populaire, rassemble toutefois des soutiens politiques depuis plusieurs mois à la faveur du mouvement « Diomaye Président », laissant présager une éventuelle candidature pour 2029.

 

Approches différentes

 

A leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités ont accusé le pouvoir de l’ex-président Sall d’avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension d’un programme d’aide du Fonds monétaire international (FMI) de 1,8 milliard de dollars.

 

Sur la question de la dette qui atteint désormais 132% du PIB, les deux hommes optaient pour des approches différentes: le président souhaitant discuter avec le FMI d’un nouveau programme d’aide, et le Premier ministre vantant une approche souverainiste.