Le Kabary, cet art oratoire traditionnel malgache est un domaine de la culture où il est plus habituel de voir des hommes et des aînés. De plus en plus pourtant, des femme, jeunes, s’y lancent et réussissent à se faire une place au soleil. C’est le cas de Lilia Hanitriniala Rakotonaivo, une jeune de 20 ans. Cet art l’attire et elle s’en donne à cœur joie. Portrait
« Mon nom est Lilia. Tout le monde me connait sous le petit nom de Lilia ou Lili. Je suis mpikabary [oratrice] et porte-parole, je suis membre du VKMM (Vovonana sy Kiadin’ny Maha Malagasy). C’est là que j’ai appris le kabary pour la première fois. »
Lilia pratique le kabary depuis presque cinq ans. Elle a débuté à l’âge de 16 ans et depuis elle ne s’est plus éloignée de cet art. Elle est actuellement membre du Vovonana sy Kiadin’ny Maha Malagasy (VKMM) et elle continue sur sa lancée. Elle a déjà été mpikabary dans des demandes en mariage, dans les présentations de condoléances et plus encore.
Dans quelle circonstance avez-vous débuté dans le kabary ?
« J’ai débuté dans le kabary lors d’un concours de Kabary, à l’époque. J’ai été séduite par l’idée d’y participer. Mais il s’est avéré qu’il n’y a pas eu de participants au concours, et j’étais la seule. Et donc j’ai été désignée vainqueur et tous les lots m’étaient revenus. Et c’est ainsi que le ministre de l’Education nationale de l’époque m’avait remarqué quand j’avais environ 16 ans. Après m’avoir vu discourir, ce ministre avait fait appel à moi. Le directeur de mon école également. Je me suis ouverte encore plus au monde du kabary. Je ne m’imaginais pas prononcer du kabary mais j’ai eu de nouvelles opportunités grâce à cela. Être sollicitée par un ministre, par le directeur de mon école. Je me suis épanouie ainsi. A partir de là, cet univers m’a attiré et je me suis dite que cela avait l’air vraiment bien. Mais à cette époque je n’étais membre d’aucune association. Ce sont mes parents qui m’ont incité à participer à ce concours. »
Comment vivez-vous le fait d’être une jeune femme mpikabary ?
« Je n’ai pas vraiment fait face à beaucoup de difficultés. C’est vrai que pour une femme, surtout lors des kabary de demandes en mariage, cela peut être mal vu qu’elle s’y mette en n’étant pas mariée. Mais dans mon cas, les familles qui ont fait appel à mes services n’ont jamais eu de problème avec cela. Jusqu’ici, personne ne m’a encore fait la remarque en me disant « Tu n’es pas encore mariée, tu es encore trop jeune » lorsque je porte la parole à l’occasion d’une demande en mariage. Jusqu’ici, tout va bien. De plus, les mpikabary font preuve d’une grande sagesse de nos jours. »
Pourquoi pensez-vous qu’il est important de perpétuer l’art du kabary ?
« Le kabary est beau. Parce que nous sommes Malgaches, on peut s’intéresser à la culture des autres mais elle reste la leur. C’est toujours mieux de mettre en avant notre culture, celle qui fait de nous des Malgaches. Comme je l’ai dit, les cultures d’ailleurs sont intéressantes. Et j’encourage la découverte d’autres cultures. Mais, de nos jours, si l’on observe la tendance actuelle, on a l’impression que ce n’est plus aussi important pour les Malgaches de savoir ce qui fait de nous des Malgaches. On met la culture d’autres pays en avant mais la nôtre est en train de disparaître. Et moi, en tant que jeune, je fais le maximum pour remédier à cela et apporter ma pierre à l’édifice. »
Un extrait de kabary…
