« Pourquoi ne tuent-ils que dans les favelas?” C’est la question que se pose une habitante d’une favela de Rio de Janeiro alors qu’elle participait à une manifestation destinée à demander des explications après l’opération policière la plus meurtrière de l’histoire du Brésil. “Aujourd’hui, ce que nous voyons dans la favela, c’est un génocide », martèle-t-elle, commentant l’événement qui a fait au moins 119 morts, sur fond de lutte contre le crime organisé.
Mardi, un raid policier d’une ampleur inédite a été mené dans deux favelas du nord de Rio de Janeiro, faisant au moins 119 morts selon le bilan officiel. Tôt mercredi, les habitants ont rassemblé les corps sur une place publique pour dénoncer la violence du massacre. Ils décrivent des scènes “dignes d’une guerre”. Ce raid est le plus meurtrier que la ville ait connu, surpassant plus du double le bilan initial.
Le président brésilien Lula s’est dit “stupéfait” par l’ampleur des violences et par le fait que le gouvernement fédéral n’ait pas été informé au préalable. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme s’était dit “horrifié” par l’opération policière avant même que le bilan n’ait doublé. Les affrontements les plus meurtriers auraient eu lieu sur une colline voisine, où de nombreux corps ont été retrouvés.
Le gouverneur de Rio, Claudio Castro, a défendu l’opération, la qualifiant de “succès” et présentant les quatre policiers tués comme les “véritables victimes”. Il a justifié l’intervention en qualifiant les gangs de “narcoterroristes”, pointant leur utilisation de drones pour larguer des explosifs sur les forces de l’ordre. Il a également suggéré que “personne ne se promenait tranquillement” dans la zone des affrontements.
Les opérations policières faisant plus de 20 morts sont “très rares” au Brésil et celles qui se produisent ont principalement lieu à Rio indique Soares, journaliste brésilien à la BBC. Pour le ministre de la Sécurité publique de Rio de Janeiro, Victor Santos, c’est une guerre qui se passe à Rio de Janeiro. “Des décennies d’inaction de toutes les institutions, municipales, étatiques et fédérales, ont permis à la criminalité de prospérer sur notre territoire”, a-t-il déclaré à la presse.
