EKLOU KODJOVI : “Nos actions préalables étaient essentiellement sur la Jirama et les carburants”

La deuxième revue des programmes de Facilité élargie de crédit (FEC) et de Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) en faveur de Madagascar a été bouclée par le Conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) le jeudi 3 juillet. Le représentant résident de cette institution de Bretton Woods, Eklou Kodjovi, apporte des explications sur cet examen qui a permis à Madagascar d’obtenir un décaissement immédiat d’environ 107 millions de dollars au titre de ces deux programmes. Interview.

Madagascar a passé avec succès la deuxième revue de ces programmes en cours avec le FMI.
Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international s’est penché sur son dossier le 3 juillet.
La revue du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) a permis le décaissement de 50 millions USD.
Celle du programme de Facilité pour la résilience et la durabilité a permis de décaisser 56 millions USD.
Le déblocage de ces fonds a toutefois nécessité le respect de certains critères de performance.
Eklou Kodjovi est le représentant résident du FMI à Madagascar.

Comment devons-nous interpréter la décision du Conseil d’administration du FMI ?

“Tout d’abord, je voudrais commencer par féliciter les autorités à Madagascar suite à la conclusion des deuxièmes revues dans le compte de la FEC et de la FRD. Comme vous le savez, ceci donne lieu immédiatement à un décaissement de 107 millions de dollars. Dans le contexte du programme, la performance ou les résultats de Madagascar sont jugés satisfaisants”.

Sur quels critères se base cette performance que le FMI juge satisfaisante?
“Spécifiquement, dans le cadre de cette revue, la plupart des repères structurels ont été satisfaits. Nous avons eu essentiellement deux actions préalables. Comme vous le savez, à Madagascar, la loi sur la concurrence veut que l’administration des prix soit faite de façon semestrielle. Donc, on avait une première action préalable sur l’administration des prix des produits pétroliers et le décret de mise en œuvre qui l’accompagne. Et on avait une deuxième action préalable sur l’adoption du plan de redressement de la Jirama qui, nous pensons, est un très bon pas dans la bonne direction”.

Que pensez-vous justement du plan de redressement financier de la Jirama qui est adopté?
“C’est vraiment important, cette réforme. Dans la mise en œuvre de cette action préalable, dans la mise en place de ce plan de redressement, les autorités ont bénéficié d’un appui de la Banque mondiale. Nous avons eu les experts sectoriels de la Banque mondiale qui ont appuyé ce plan en donnant des recommandations. Nous espérons encore une fois que mettre en place ce plan rapidement va permettre de mettre la compagnie sur une trajectoire de soutenabilité ou de viabilité financière.

Ce plan reflète-t-il les réformes que vous attendez ?
“Comme je viens de l’expliquer, le plan a bénéficié vraiment de l’appui des experts sectoriels de la Banque mondiale, prenant en compte différents facteurs tels que comment créer les incitations pour que les IPPs (les producteurs indépendants d’énergie), puissent continuer à investir. Vous savez, les autorités ont même aussi pris des engagements dans le contexte du budget de 2025 d’investir un peu plus dans le solaire, d’appuyer un peu dans sa transition dans le mix énergétique pour pouvoir produire de l’énergie à un coût beaucoup plus raisonnable que là où il est maintenant”.

Qu’en est-il du mécanisme d’ajustement des prix des carburants ?
“L’idée ici, c’est d’essayer au mieux que les prix à la pompe reflètent un peu les fluctuations sur les marchés internationaux. Évidemment, dans la formation du prix à la pompe, on a plusieurs éléments. On a des éléments de taxation, on a le taux de change. Tous ces éléments-là sont pris en compte. Pour Madagascar, le mécanisme qui est mis en place a quand même ce qu’on peut appeler des filets de sécurité pour éviter qu’il y ait des changements trop brusques dans les prix, permettant un peu de protéger les consommateurs. Donc on a mis des bornes de plus ou moins de 200 ariary par litre et les changements ne vont pas dépasser ces mesures-là et donc limiter les fluctuations qu’on peut avoir d’un mois à l’autre”.

Des hausses successives du prix du pétrole lampant avaient été constatées. N’est-ce pas finalement les ménages vulnérables qui utilisent ce produit qui sont principalement impactés par cette mesure ?

“Pour que ces réformes soient un succès, on a trois principaux critères. Le premier critère, c’est le mécanisme lui-même. Comment est-ce que le mécanisme lui-même est designé ? Comment il est mis en place ? Et donc je viens de mettre en lumière en fait cette marge qu’on a. Deuxièmement, il y a la communication, donc l’explication de pourquoi est-ce qu’on fait la réforme, pour que les consommateurs commencent à comprendre un peu mieux le lien entre le développement sur les marchés internationaux et les prix à la pompe. Troisièmement, il y a les mécanismes de compensation. C’est à ça que vous faites allusion en ce moment. Et pour les ménages vulnérables, notre compréhension, c’est que le pétrole lampant est beaucoup utilisé pour l’éclairage, surtout en milieu rural. Et donc nous avons été rassurés de savoir que les autorités ont déployé en plus des kits solaires, justement pour l’éclairage, en combinaison avec des mécanismes de transfert monétaire avec l’appui de la Banque mondiale”.

Donc au final, qu’est-ce qui est attendu avec ces deux mesures ?

“Sur le plan de redressement de la Jirama, il va falloir rapidement avoir un plan de mise en œuvre qui, nous espérons aussi, va permettre de réduire sa dépendance vis-à-vis du budget général et créer un peu plus d’espace budgétaire. Il s’agit de la même chose pour le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants. Nous pensons que la mise en œuvre continue de ce mécanisme permettra aussi de dégager des marges dans le budget pour justement les réallouer vers les dépenses de développement qui sont importantes, mais aussi de réduire les risques budgétaires qui sont associés à ces subventions”.

Vous avez par ailleurs toujours insisté sur l’importance de mesures crédibles pour améliorer le recouvrement des recettes intérieures. Est-ce que Madagascar a avancé dans ce sens ?

“Mobiliser des recettes fiscales domestiques, c’est important. Mais en plus, nous sommes dans un contexte, comme je l’ai mentionné tout à l’heure, où nous avons un contexte extérieur qui renforce l’urgence de continuer à faire des efforts en matière de recettes fiscales.
“Et donc, dans le contexte de Madagascar, les autorités ont commencé à faire des efforts que nous pensons qu’il est important de continuer à soutenir, notamment les efforts qui ont été faits en matière de rationalisation des dépenses fiscales. Et donc, dans le contexte du programme, on a un objectif d’augmenter les recettes fiscales en pourcentage du PIB de 2,4 points de pourcentage d’ici les 3 ans du programme. Et donc, ces efforts-là, nous espérons pouvoir contribuer à atteindre cet objectif.