Antananarivo, 2 Mars, 22h55 – « Soutenons tous ces ajustements pour que tout le pays et tout le peuple puissent en bénéficier ». L’appel d’Idah Z. Pswarayi-Riddihough, directrice des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar, les Comores, Maurice et le Mozambique, s’adresse au public malgache. Dans une tribune publiée dans la presse, elle explique les raisons pour lesquelles la Jirama doit appliquer les nouveaux tarifs qui auraient dû être appliqués en Janvier mais sur lesquels le gouvernement est revenu.
La tribune intervient alors que les autorités malgaches semblent hésiter à donner un calendrier précis sur l’application des ajustements tarifaires. Richard Randriamandrato, ministre de l’Economie et des finances, a certes indiqué que le nouveau système tarifaire Optima sera mise en œuvre mais pas immédiatement, il n’a fourni aucune échéance sur la durée de la période transitoire. Interrogé sur le sujet vendredi en marge de la célébration du 30ème anniversaire de l’Adema, il s’est contenté de renvoyer les journalistes à la déclaration qu’il a faite mardi.
Afin de rallier le maximum d’allier à la cause de l’optimisation tarifaire, la directrice des opérations de la Banque mondiale met en avant le caractère « inefficace et non ciblé » de la politique tarifaire appliquée depuis 2009. « Inefficace » parce qu’elle fait perdre beaucoup d’argent à la Jirama qui, pendant près de dix ans, a revendu 40% moins cher l’électricité qu’elle achète à prix. « Non ciblée » parce que les subventions induites par la vente à perte bénéficient davantage aux ménages les plus riches, gros consommateurs d’énergie, qu’aux ménages les plus pauvres.
Dans sa tribune, Idah Z. Pswarayi-Riddihough, rappelle que « depuis 2009, la Jirama a accumulé un déficit opérationnel d’environ 3700 milliards d’ariary, soit un milliard de dollars ». Ce déficit, martèle-t-elle, a principalement profité aux « 10% des gros consommateurs résidentiels les plus riches des clients de la Jirama grâce à des tarifs résidentiels subventionnés » ainsi qu’aux « fournisseurs d’électricité à travers les marges excessives d’un grand nombre de contrats d’achat d’électricité ».
L’idée de la directrice des opérations de la Banque mondiale est de faire prendre conscience aux Malgaches en quoi « réviser les barèmes payés par ceux qui en bénéficient est important ». Pour elle, ceux qui peuvent payer devraient payer le prix réel de l’électricité et que seuls doivent bénéficier des subventions « les plus pauvres, les plus vulnérables et les plus nécessiteux ». L’accès à l’électricité permettra à ces abonnés de « participer de manière productive à l’économie », poursuit-elle.
Dans la foulée, Idah Z. Pswarayi-Riddihough indique qu’en ajustant ses tarifs, la Jirama peut « non seulement payer ses fournisseurs sans le soutien du gouvernement, mais peut aussi à terme investir dans l’amélioration de la qualité et de la fiabilité de ses services et de connecter des centaines de milliers de ménages vulnérables qui restent encore exclus de l’accès aux réseaux ».
Avec le tarif Optima, 77% des clients de la Jirama, consommant mensuellement moins de 130 kwh d’électricité ont vu leurs factures baisser en Janvier, parfois jusqu’à 40, voire 80% certains ménages sous tarif social. Pour 10% des abonnés de la Jirama, l’augmentation est négligeable, de 0 à 10% selon les chiffres de la compagnie. La hausse est modérée, entre 10 et 25%, pour 6% des clients. Mais elle est effectivement conséquente, de plus de 25%, pour 7% des abonnés. Ces derniers consomment plus de 300kwh d’électricité par mois, tout en souscrivant à une puissance élevée leur permettant d’utiliser de façon simultanée de nombreux appareils et équipements fonctionnant à l’électricité.
Ayant entendu les plaintes et les doléances de ces 7% de clients de la Jirama qu’il considère comme faisant « partie de la classe moyenne », le président de la République a exhorté la Jirama à corriger les factures et à revenir sur la décision d’appliquer le tarif Optima. La compagnie nationale de distribution d’eau et d’électricité s’est exécutée et a baissé le tarif pour tous les abonnés. Ainsi, le prix de la première tranche de consommation est resté identique à ce qui était prévu dans le tarif Optima. Le prix de la deuxième tranche, elle, a baissé et est la même, 370 ariary contre 764 ariary, pour n’importe quelle catégorie de clients et de consommateurs, que ceux-ci consomment moins de 50 kwh par mois ou plus de 300 kwh par mois.
Photo : Capture d’écran du site de la Banque mondiale