ENERGIE – Les corrections portées sur les factures de la Jirama risquent de compromettre des financements de 475 millions de dollars provenant de la Banque mondiale

Antananarivo, 18 Février, 6h18 – « Une réduction très conséquente du portefeuille de la Banque mondiale » en perspective. Dans une lettre adressée à Richard Randriamandrato, ministre de l’Economie et des finances, la Banque mondiale fait part des impacts des mesures correctives appliquées par la Jirama sur les factures de Février de ses abonnés. L’institution de Bretton Woods évoque une éventuelle suspension, voire interruption, de deux appuis financiers qu’elle apporte à Madagascar.
Si la compagnie nationale de distribution d’eau et d’électricité maintient les mesures correctives qu’elle a apportées sur les factures de Février de ses abonnés, la Banque mondiale pourrait déclarer « la déchéance de l’accord de financement sur la totalité de l’aide budgétaire d’urgence Covid-19 d’un montant de 75 millions de dollars », peut-on lire dans la lettre qui a fuité sur les réseaux sociaux. Elle pourrait également « annuler la présentation du programme PforR (program for results) à hauteur de 400 millions de dollars au Conseil d’administration de la Banque prévue pour cette année fiscale », souligne encore la lettre signée du directeur pays de l’institution, Idah Pswarayi-Riddihough.
Pour la Banque mondiale, les ajustements tarifaires jusqu’ici communiqués par la Jirama de façon informelle représentent « une violation significative des actions préalables de l’aide budgétaire d’urgence Covid ». Ils dénotent également « un retour en arrière sur une politique tarifaire déjà adoptée dans le cadre d’une aide budgétaire », poursuit la lettre de la Banque mondiale. Les analyses sommaires effectuées par les techniciens de la Banque semblent indiquer que les mesures correctives pourraient « mener à des pertes de revenus très conséquents, estimés à 11 millions de dollars », soutient encore la Banque mondiale. Autant d’impacts qui la forceraient, précise-t-elle, à « déclarer la non-performance du gouvernement par rapport à ses obligations ».
Si la suppression des aides prévues dans le cadre de ces deux programmes était actée, des projets prévus dans le Plan multisectoriel d’urgence soutenus par l’aide budgétaire de 75 millions de dollars, déjà approuvée en Septembre 2020, pourraient être suspendus. Des projets liés à l’amélioration de l’accès à l’électricité et de la viabilité financière et budgétaire du service public d’approvisionnement en électricité prévus dans le cadre du programme PforR, prévu être présenté devant le Conseil d’administration de la Banque mondiale vers fin Mars, ne pourraient pas être mis en œuvre. Des projets relatifs à l’amélioration du secteur des transports ne seraient pas non plus financés.
A cela s’ajoute le risque que le financement du programme de facilité élargie de crédit (FEC) du Fonds monétaire international (FMI) soit également compromis. Dans son dernier communiqué le FMI avait conditionné l’accès à la FEC par « l’obtention des assurances de financement nécessaires » aux réformes économiques prévues. Dans la lettre de la Banque mondiale, il est pourtant question de retrait du financement des réformes, dont notamment le retrait du financement du redressement de la Jirama.
En Janvier 2021, la Jirama a commencé à appliquer le nouveau système tarifaire qu’elle a baptisé tarif Optima. Prévoyant une baisse des tarifs pour 80% des abonnés, dont ceux des zones 2 et 3 résidant en provinces, le nouveau système a néanmoins entraîné une hausse des tarifs sur les particuliers gros consommateurs d’énergie. Face au tollé que cette hausse a suscité, le Conseil des ministres et le président de la République ont publiquement enjoint la Jirama à procéder à des corrections sur les factures.
Pour l’instant, la Jirama n’a pas encore officiellement communiqué ni sur l’ampleur ni sur la forme des mesures correctives qu’elle a portées. Les incertitudes sur la durée des mesures correctives et sur l’ampleur de leurs impacts financiers constituent d’ailleurs l’un des griefs de la Banque mondiale à l’encontre de la compagnie et du gouvernement.
Les factures des abonnés pour le compte du mois de Février qui ont déjà été distribuées montrent néanmoins que le tarif de la deuxième tranche, quelle que soit la catégorie tarifaire de l’abonné, a baissé sur les factures corrigées, passant de 764 ariary/kwh à 370 ariary par kwh. Alors que les tarifs conforts et super-conforts applicables sur les gros consommateurs d’énergie ne semblent plus s’appliquer, les tarifs sociaux et économiques qui ont impliqué des baisses de tarif restent applicables. La suppression des tarifs spécifiques sur les zones 2 et 3 a également été maintenue.