“La corruption est avant tout une infraction économique”. C’est sur ce postulat que le gouvernement entend désormais mener la lutte contre la corruption à Madagascar. Le comité de pilotage de la mise en oeuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption (SNLCC) réuni vendredi à Mahazoarivo a ainsi décidé “la systématisation des enquêtes financières parallèles dans toutes les affaires de corruption”. Le nouveau plan de mise en œuvre de cette stratégie, validé vendredi, privilégie “une approche économique et financière offensive” plutôt qu’une simple approche administrative.
La principale innovation réside ainsi dans la traque financière systématique des auteurs de corruption. Le nouveau plan prévoit que des enquêtes patrimoniales et financières approfondies soient menées en parallèle des investigations pénales classiques pour chaque dossier traité. Cette offensive s’accompagne d’une volonté de renforcer le recouvrement des avoirs illicites par des moyens accrus. Le gouvernement prévoit notamment l’opérationnalisation de mécanismes permettant la confiscation des biens sans condamnation préalable dans certains cas spécifiques.
Pour garantir l’efficacité de ces mesures, notamment sur les dossiers à fort impact économique, des équipes mixtes regroupant différentes entités anti-corruption seront déployées sur le terrain. Il est également annoncé “l’interconnexion et le partage en temps réel des données entre les différents acteurs de la lutte contre la corruption”. Le secteur privé, pour sa part, est invité à “jouer un rôle central dans cette nouvelle dynamique, aussi bien comme partenaire de prévention que comme acteur de conformité et de protection des lanceurs d’alerte”.
Comme l’a plusieurs fois indiqué le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison qui a dirigé la réunion du Copil avec le président du Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI), l’objectif affiché est de frapper les corrupteurs et les corrompus directement dans leurs intérêts matériels. Il rassure cependant qu’il ne s’agit “pas de freiner l’économie mais au contraire de restaurer l’attractivité économique du pays, de protéger les recettes publiques et de réduire le coût de la vie supporté par les citoyens”. Pour le gouvernement, la lutte contre la corruption doit être plus qu’une “exigence de gouvernance”. Elle devrait être “un levier central de développement économique, de souveraineté nationale et de restauration de la confiance publique”.
