Vendredi en fin d’après-midi aux 67ha. Des jeunes de 14 à 17 ans entrent dans un bar. Le propriétaire les accueille sans sourciller. Il est habitué à voir des jeunes de cet âge fréquenter son établissement. « En moyenne j’accueille huit groupes comme ça par semaine », confie-t-il. Il reconnait qu’aujourd’hui « de plus en plus de jeunes consomment de l’alcool ».
La sociologue Caren Ramanantoanina, reconnait que « l’alcool est devenu un élément incontournable dans le processus de socialisation des jeunes ». Elle souligne que ceux-ci « apprennent à boire en groupe, et réciproquement se font admettre dans un cercle d’amis en raison de leur attitude vis-à-vis de l’alcool ». Andry, en première à la prochaine rentrée affirme boire « pour s’amuser avec ses amis, pour parler de tout et de n’importe quoi ». Surtout que l’alcool à la réputation de faciliter la communication, au point que beaucoup en abusent.
L’alcool est aussi apprécié pour l’ivresse qu’il procure. C’est même cette sensation qui pousse parfois les jeunes à enchaîner les bouteilles. « Les jeunes s’adonnent à des jeux d’alcool, dont le but premier n’est autre que l’ivresse » poursuit Caren Ramanantoanina. Bota, un des jeunes que nous croisons aux 67 Ha, déclare « aimer l’état d’ivresse ». « La sensation est bizarre mais cela me plaît », souligne-t-il.
Pour certains, la consommation d’alcool est une expérience obligatoire. Comme Olivia, certains jeunes sont influencés par leur entourage. « J’ai commencé à boire quand j’ai connu une certaine personne » raconte-t-elle, en parlant de sa première fois. « C’était à Andohalo. Nous étions sept à manger et à boire des boissons à fort taux d’alcool », se souvient-elle. « Les jeunes sont si facilement influençables que la prise d’alcool est devenue un moyen d’intégration », explique Caren Ramanantoanina.
« Certains adopteront des comportements à risque comme la violence, ou les comportements dangereux en conduite de véhicule et autres »
Cette consommation d’alcool va pourtant modifier le comportement du jeune lambda, sur le court terme et sans le savoir sur le long terme, poursuit la sociologue. « Le jeune élève addict à l’alcool a tendance à être démotivé et adopte plus ou moins un mode de vie précaire, d’où l’abandon scolaire et l’errance », révèle-t-elle. Ces jeunes qui boivent en groupe, entre amis, vont favoriser l’instinct grégaire et la pression du groupe. « Certains adopteront des comportements à risque comme la violence, ou les comportements dangereux en conduite de véhicule et autres ».
Dr. Lazasoa Rabezanahary explique que les jeunes sont plus fragiles que les adultes tant au niveau physique qu’émotionnel. Une même quantité d’alcool aura peu d’effet sur un adulte, alors que sur l’organisme d’un adolescent, elle peut causer des troubles gastriques (brûlures d’estomac, indigestion, etc.) et des troubles hépatiques (le plus souvent se traduit par problème de foie). L’ivresse augmente aussi considérablement le risque d’accidents chez les jeunes. « L’alcool cause aussi une diminution des réflexes et des troubles de mémoire », conclut le médecin.
