“Nous avons promis au guide suprême de rester avec lui jusqu’au bout”. Au milieu de la foule rassemblée samedi à la Grande Mosalla de Téhéran pour les funérailles nationales d’Ali Khamenei, Reza, professeur d’université de 37 ans, évoque un engagement personnel envers celui qui a dirigé l’Iran pendant près de quatre décennies. “Tout ce monde est là pour lui. Nous avons longtemps crié que nous sacrifierions nos vies pour le guide, mais c’est lui qui s’est sacrifié pour nous”, poursuit-il.
Dès l’aube, des milliers d’Iraniens vêtus de noir ont convergé vers la Grande Mosalla, où repose le cercueil de l’ayatollah recouvert de son turban noir. Des drapeaux rouges portant l’inscription “Martyr” sont brandis dans la foule tandis que certains participants scandent des appels à la revanche après sa mort le 28 février lors de frappes israélo-américaines contre Téhéran. Avant le public, plusieurs hauts responsables iraniens et quelques dignitaires étrangers ont rendu vendredi un dernier hommage au guide suprême iranien.
Six jours de cérémonie
Les autorités iraniennes affirment attendre entre 15 et 20 millions de participants dans la capitale iranienne durant les six jours de cérémonies, présentées comme les plus importantes de l’histoire contemporaine du pays. Plus de 400 tentes du Croissant-Rouge ont été installées pour accueillir les visiteurs venus des différentes provinces tandis que des ambulances, des équipes médicales et des camions-citernes ont été déployés pour faire face aux fortes chaleurs estivales.
Dans les rues de Téhéran, les portraits de celui que les médias officiels désignent désormais comme “l’imam martyr Khamenei” se multiplient aux côtés de ceux de son fils Mojtaba Khamenei, devenu guide suprême en mars, et du fondateur de la République islamique, Rouhollah Khomeini.
Révolution islamique
Né le 19 avril 1939 à Machhad, dans le nord-est de l’Iran, Ali Khamenei avait étudié dans les principaux centres de l’islam chiite, à Najaf en Irak puis à Qom en Iran. Son engagement contre le chah Mohammad Reza Pahlavi, allié des États-Unis, lui vaut plusieurs arrestations et de longues périodes de détention dans les années 1960 et 1970.
Disciple de Khomeini depuis la fin des années 1950, il participe à la révolution islamique de 1979 avant de devenir président de la République entre 1981 et 1989, durant la guerre entre l’Iran et l’Irak. Ses visites régulières sur le front, vêtu d’un uniforme militaire, ont contribué à façonner son image auprès d’une partie de la population iranienne, tout comme les séquelles visibles de la tentative d’assassinat dont il avait réchappé en 1981.
Négociations sur le nucléaire
À la mort de Khomeini en 1989, il est désigné guide suprême et devient l’autorité politique et religieuse la plus influente du pays. Pendant près de 37 ans, il supervise les grandes orientations de la République islamique, accompagne les alternances entre présidents réformateurs et conservateurs et renforce le rôle des Gardiens de la Révolution sur la scène intérieure et régionale.
Sous sa direction, l’Iran a traversé la guerre, les sanctions économiques, les négociations sur le nucléaire et plusieurs crises régionales. Le pays a notamment conclu en 2015 un accord international encadrant son programme nucléaire avant le retrait américain trois ans plus tard.
Résistance aux influences étrangères
Son parcours est aussi associé à plusieurs épisodes de contestation, des manifestations étudiantes de 1999 au mouvement « Femme, Vie, Liberté » déclenché en 2022 après la mort de Mahsa Amini, ainsi qu’aux manifestations contre la crise économique qui ont secoué le pays au début de l’année 2026.
Figure centrale de la République islamique, Ali Khamenei avait fait de la souveraineté nationale et de la résistance aux influences étrangères l’un des piliers de son discours politique. Sa rhétorique de confrontation avec les États-Unis et Israël a durablement marqué la politique étrangère iranienne et contribué à façonner ce que Téhéran désigne comme “l’axe de la résistance” au Moyen-Orient.
Procession
Le guide suprême est mort à l’âge de 86 ans dans sa résidence de Téhéran lors des frappes israélo-américaines du 28 février 2026. Selon les autorités iraniennes, sa fille, un gendre, une belle-fille et une petite-fille ont également été tués dans l’attaque.
Quatre mois après sa disparition, ses anciens discours continuent d’être diffusés sur ses comptes officiels sur les réseaux sociaux tandis que son fils Mojtaba, qui lui a succédé, s’inscrit dans la continuité politique de son père.
Le cercueil d’Ali Khamenei restera exposé jusqu’à lundi à Téhéran avant une procession dans plusieurs villes d’Iran et d’Irak. Il sera ensuite inhumé à Machhad, sa ville natale, conformément à ses dernières volontés.
Textes et photo : AFP















