MUTINERIE DE FARAFANGANA – Les défenseurs des droits de l’homme dénoncent « une répression disproportionnée » et « des exécutions sommaires »

Antananarivo, 25 Août, 19h40 – « Massacre ». « Usage disproportionné de la force ». « Violation inhumaine du droit à la vie ». La Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) n’y est pas allée sur le dos de la cuillère pour dénoncer la répression de l’évasion des détenus de la prison de Farafangana survenue dimanche. « Le bilan faisant état de 22 morts demeure très lourd », souligne la commission dans un communiqué publié ce mardi.
La CNIDH reconnaît que « les éléments sur terrain ont peut-être essayé de limiter les pertes de vie humaine, ce qui pourrait expliquer les six blessés graves et les 37 évadés capturés vivants », mais elle n’en dédouane pas pour autant les responsables qui ont donné « l’ordre ou l’autorisation aux éléments de l’Organe mixte de conception (OMC) d’arrêter à tout prix les fugitifs évadés de la prison ». Ils « portent une lourde responsabilité dans ce massacre », poursuit la commission.
La plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar (PFNOSCM), elle non plus, ne mâche pas ses mots. Elle parle de « bain de sang », de « tuerie », et « d’exécutions sommaires ». Dans un communiqué publié ce mardi, elle blâme un « massacre disproportionné infligé à des évadés dont certains se sont rendus ».
Mais au-delà de la condamnation de ce qu’elles qualifient de « violence », la CNIDH et la PFNOSCM s’indignent des conditions dans lesquelles vivent les prisonniers. Celles-ci, selon la CNIDH, auraient pu causer le « désespoir des détenus », les conduisant à « la mutinerie ». L’amélioration des conditions carcérales constitue donc l’une des recommandations formulées, en plus d’une demande de sanctions contre les responsables de ce que la PFNOSCM qualifie aussi de « meurtres ».
Réagissant aux accusations de la société civile, le Général Richard Ravalomanana, secrétaire d’Etat en charge de la Gendarmerie (SEG), regrette « les critiques » formulées. Il faudrait au contraire « encourager » les forces de l’ordre, estime-t-il. « Nous avons appris les droits de l’homme mieux que ces gens », poursuit-il, au cours d’une déclaration à la presse. « Ils peuvent nous dire où est-ce qu’ils ont appris les droits humains », ajoute-t-il encore, plutôt remonté. « Nous aussi avons appris cela, jusqu’à l’étranger, et ce n’est pas eux de nous donner des leçons », conclut-il.
Photo : Ministère de la Justice