L’incertitude plane encore sur le sort de la présidentielle 2018 malgré la tendance claire du scrutin. L’écart de voix entre les candidats Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana est important, mais le second ne reconnaît pas encore sa défaite et le fait savoir.
Si, Andry Rajoelina demande à ses partisans d’ « attendre sagement et paisiblement » le verdict des autorités électorales, la posture est différente du côté de son rival. Marc Ravalomanana a indiqué que « le choix du peuple a été bafoué par le pouvoir de l’argent », dans son discours télévisé dimanche. « La fraude et la violence ont régné et cela a forcément un impact sur les résultats. Les résultats de cette élection ne sont pas crédibles et l’élection n’est pas transparente », a-t-il souligné. Il lance un appel à « tous ceux dont le choix a été bafoué à témoigner. J’appelle tous les Malgaches issus des 22 régions, surtout ceux dont les droits ont été bafoués, à se lever et à défendre leurs choix ».
L’ancien chef de l’État reconnaît sa promesse de « respecter les résultats si les règles sont respectées ». « Malheureusement ce n’est pas le cas », se justifie-t-il avant de demander à la CENI de « tenir compte de nos requêtes parce que c’est la seule manière de défendre le choix du peuple ».
Voies et recours possibles
À entendre ce discours, Marc Ravalomanana ne reconnaît pas encore sa défaite. Ses prochaines initiatives vont donner d’autres indications sur ses intentions réelles. Si l’on s’en tient aux déclarations, il entend « épuiser toutes les voies et recours possibles », selon son directeur de campagne, Tsehenoarisoa Rabenja.
La demande de confrontation des procès-verbaux et de vérification des documents électoraux, tels les souches des bulletins uniques et les bulletins uniques non-utilisés en font partie. C’est également le cas des plaintes pénales concernant, entre autres, les cartes électorales et les cartes d’identité nationale ainsi que le vol de carnets de bulletins uniques.
Jusqu’à preuve du contraire, la marge de manœuvre de Marc Ravalomanana n’est pas aisée. Entre la volonté de faire triompher « la justice », « l’équité », l’intention de garder le moral des troupes et la réalité, les sentiers restent étroits.
En effet, le temps ne joue pas en faveur du candidat requérant. La CENI s’apprête à publier les résultats provisoires mais complets avant la fin de l’année. Les plaignants n’auront que deux jours pour formuler et déposer leurs requêtes auprès de la Haute cour constitutionnelle (HCC). La juridiction constitutionnelle dispose de neuf jours après la réception du dernier pli pour proclamer les résultats définitifs. Son président, Jean-Eric Rakotoarisoa, avait indiqué que lui et les hauts conseillers travaillent déjà sans attendre ces derniers plis.
En validant le scrutin, les rapports préliminaires des missions d’observation électorale dépêchées par les organisations internationales ne plaident pas en faveur de l’ancien président. Le rapport préliminaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) considère l’histoire de fraudes massives comme « non-fondée ». Celle-ci fait plutôt part d’une « perception des partisans ».
Les observateurs internationaux se veulent rassurants sur les contestations, considérées comme « normales », selon Cristian Preda, chef de mission d’observation électorale de l’Union européenne. Il croit savoir que la « démarche des candidats peut s’apparenter à une préparation à un potentiel échec ».
Mais les mêmes observateurs rappellent en même temps les limites à ne pas franchir. Oui aux contestations, à conditions qu’elles restent dans le cadre légal, avec le « recours auprès des institutions compétentes ». Ils n’hésitent pas en même temps à lancer un appel à la retenue.
