Antananarivo, 13 Décembre, 6h15 – Il est 18 heures 42 dans la salle numéro 2 du tribunal de première instance d’Antananarivo quand débute finalement le procès des deux syndicalistes, Barson Rakotomanga et Sammy Grégoire Ravelonirina. Malgré l’heure tardive, les membres des deux syndicats, ceux du Randrana Sendikaly et ceux du stndicat des enseignants chercheurs et des chercheurs enseignants (Seces)sont restés pour soutenir leurs dirigeants. Accusés d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat suite à « l’envoi d’une lettre auprès de l’Etat major de l’armée incitant à la révolte militaire et pouvant troubler l’ordre public », les deux leaders syndicaux ont nié les faits qui leur sont reprochés.
Pour Barson Rakotomanga, patron du Randrana Sendikaly, la lettre dont il était signataire n’avait aucunement l’intention d’inciter l’armée à la révolte. L’objectif était plutôt, selon lui, d’appeler l’armée «à réunir les différentes entités tels que les anciens, ou les leaders religieux pour trouver une solution» alors que la situation du pays se dégrade et que les prémices d’une crise étaient déjà apparus.
« Lorsqu’il y a des crises ce sont toujours les travailleurs qui en pâtissent, regrette-t-il. Il ajoute que « depuis janvier, les employés sont mis au chômage technique, donc une crise aurait impacté sévèrement les travailleurs ». Pour le syndicaliste, il s’agissait de défendre « les droits des travailleurs et les droits de l’homme ».
Le professeur Sammy Grégoire Ravelonarivo, president de la section tananarivienne du Seces, de son côté, assure que « les décisions prises le sont par l’assemblée générale et ne sont pas uniquement de son fait ». Il soutient également devant le juge n’avoir fait que « défendre les intérêts des travailleur ». « Face à la situation, aux violences qui ont eu lieu ou encore les politiques qui créent la division, qui va prendre leurs responsabilités sauf les syndicats », souligne-t-il. Tout comme Barson Rakotomanga, il martèle que « la lettre n’avait pas pour but d’inciter l’armée à prendre le pouvoir ou dire qu’il n’y a plus d’Etat mais bien pour aider l’Etat face à la situation qui se dégrade ». « L’armée est le dernier rempart », se justifie-t-il, ajoutant que « le Seces ne fait pas de politique et n’accepte pas d’être un instrument politique ».
Pour compléter la défense des deux syndicalistes, l’avocat des deux hommes, Maître Rova Razafindrakoto souligne que la lettre n’est pas une initiative personnelle des deux leaders syndicaux mais relève d’une décision commune prise lors d’une réunion de la Confédération des syndicats des travailleurs malgaches (Fiombonamben’ny Sendikan’ny Mpiasa Malagasy – FSMM). Ayant été cependant présents lors du dépôt de la lettre, ce sont les deux hommes qui ont été interpellés.
Par ailleurs, l’avocat rappelle la lettre n’a pas uniquement été envoyée à l’Etat-major de l’armée mais à de nombreuses autres entités telles que l’Organisation internationale du travail (OIT) ou encore à de nombreux ambassadeurs. Dans sa plaidoirie, l’avocate a demandé l’arrêt des poursuites. Selon elle « les éléments constitutifs de l’atteinte à la sûreté de l’Etat ne sont pas remplis » ni sur le côté moral ni sur l’aspect matériel.
Après environ une heure d’échange, l’audience a été levée vers 19 heures 45. Le verdict sera rendu le 19 décembre prochain.















