RAFARAVAVITAFIKA RASATA, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES – “Nous souhaitons que Madagascar soit perçu comme un catalyseur de solutions, capable de bâtir des ponts entre les États”

Madagascar prend les rênes de la Communauté de développement de l’Afrique australe pour la première fois. Vingt ans après son adhésion, le pays accueille le Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’organisation. La Grande île entend, durant son mandat, porter haut la voix de la région. Diplomatie, intégration économique, transition énergétique, paix… Cette présidence est une vitrine pour l’expertise malgache et une opportunité unique pour booster l’économie nationale. Entretien avec la ministre des Affaires étrangères, Rafaravavitafika Rasata.

Madagascar prend pour la première fois la présidence de la SADC. Que représente cette responsabilité sur le plan diplomatique pour notre pays ?
C’est une étape historique pour Madagascar. Vingt ans après notre adhésion à la SADC, notre pays accueille pour la première fois un Sommet des Chefs d’État et SEM Andry Rajoelina assumera la présidence de l’organisation à compter du 17 août prochain. C’est une reconnaissance forte de la place croissante de Madagascar dans la région. Cette présidence est une occasion unique pour notre diplomatie de promouvoir les priorités du continent et de porter une voix engagée en faveur de la solidarité, de la résilience et de l’intégration régionale.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels la SADC est confrontée aujourd’hui et comment Madagascar compte-t-elle contribuer à y faire face ?
La SADC fait face à plusieurs défis : la vulnérabilité de nos économies face aux chocs extérieurs, la faible valeur ajoutée de nos exportations, les enjeux climatiques, mais aussi des tensions sécuritaires. La présidence Malagasy souhaite apporter une réponse collective à ces défis, en renforçant l’intégration économique, la coopération sécuritaire, et la solidarité régionale. Madagascar défendra une approche centrée sur la résilience, le dialogue et le développement inclusif.

Quels avantages concrets la présidence de la SADC pourrait-elle apporter à Madagascar ? Quels avantages sur le plan économique, notamment pour les opérateurs locaux ?
Cette présidence est une opportunité pour nos opérateurs économiques d’accéder à de nouveaux marchés et de renforcer leur position dans les chaînes de valeur régionales. En mettant l’accent sur l’industrialisation, la transformation agricole et la transition énergétique, nous visons une croissance durable qui profite aussi bien aux grandes entreprises qu’aux PME et aux acteurs ruraux. La visibilité de Madagascar sur la scène régionale est également un levier d’attractivité pour les investissements.

On parle souvent de retombées indirectes pour l’hôtellerie, la restauration, les prestataires de services. Comment cette dynamique a-t-elle été anticipée dans l’organisation ?
Ces retombées ont été pleinement intégrées dès la phase de planification. Ce Sommet est un événement d’envergure, mobilisant plusieurs milliers de participants. Il représente une opportunité économique concrète pour nos hôtels, restaurants, agences de transport, prestataires techniques et bien d’autres acteurs locaux. C’est une vitrine pour le savoir-faire malgache. Au-delà de l’événement, notre ambition est de renforcer durablement le tourisme d’affaires dans notre pays.

Les préparatifs logistiques et protocolaires sont assez conséquents. Comment se passe la coordination entre les ministères, et quel rôle joue votre équipe dans cette orchestration ?
Une coordination interministérielle rigoureuse a été mise en place, sous la conduite du Président de la République. Le Ministère des Affaires étrangères joue un rôle central dans l’organisation diplomatique et protocolaire du Sommet, en lien étroit avec toutes les parties prenantes, nationales et internationales. Notre objectif est d’assurer un accueil à la hauteur des attentes de nos partenaires, dans le respect des standards les plus élevés.

Le Sommet des chefs d’État se tiendra dans une semaine. Peut-on s’attendre à des annonces fortes à cette occasion ?
Ce Sommet sera un moment fort pour l’Afrique australe. Il marquera le lancement d’un nouveau cycle politique, avec des engagements concrets en matière d’industrialisation régionale, de transformation agricole, de transition énergétique et de paix. Des décisions importantes seront prises pour renforcer l’intégration économique, le commerce intra-régional et la coopération en matière de sécurité. Madagascar souhaite que ce sommet soit porteur d’un souffle nouveau pour la SADC.

Quelle place donnez-vous à la coopération sud-sud dans votre vision de la diplomatie malgache au sein de la SADC ?
La coopération sud-sud est un pilier fondamental de notre diplomatie. À travers la SADC, mais aussi l’Union africaine et la ZLECAf, Madagascar défend un modèle de développement fondé sur la solidarité, le partenariat équilibré et l’autonomie stratégique. Nous souhaitons renforcer nos liens économiques, scientifiques et technologiques avec nos frères africains et avec d’autres partenaires du Sud, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.

Quel héritage ou image souhaitez-vous que Madagascar laisse à l’issue de cette présidence tournante de la SADC ?
Nous souhaitons que cette présidence soit marquée par une ambition collective : celle d’une SADC résiliente, tournée vers l’avenir, portée par l’innovation, la jeunesse, et l’unité. Que Madagascar soit perçu comme un catalyseur de solutions, capable de bâtir des ponts entre les États et de porter des propositions concrètes pour le développement durable de notre région. C’est le sens de l’engagement de Son Excellence Monsieur le Président Andry Rajoelina