RÉFORME FIDUCIAIRE – Du “Core Banking” au recalibrage des DAB, le défi logistique pour une éventuelle nouvelle unité monétaire soulevée par les banquiers

Photo d'illustration : Pixabay

Reformatage des systèmes, maîtrise des flux de cash, anticipation des comportements. L’Association professionnelle des banques (APB) de Madagascar expose les défis à relever pour garantir la viabilité de la réforme fiduciaire actuellement en discussion. Pour le président de ce groupement, Hugues Bonshe Makalebo, cette transition va bien au-delà d’un simple ajustement de surface : il s’agit d’un chantier multidimensionnel qui exige une synchronisation parfaite entre les autorités monétaires et les établissements de crédit. Il s’est exprimé sur le sujet mardi, dans le cadre du processus de consultation initié par la Banky foiben’i Madagasikara (BFM).

Pour le système bancaire, le premier défi serait d’ordre logistique, avec les ajustements opérationnels nécessaires à la réforme. Hugues Bonshe Makalebo évoque une refonte technique lourde, qui mettra à l’épreuve la capacité des banques à adapter l’ensemble de leurs infrastructures. Elle impliquera notamment la mise à jour des systèmes d’information, ou « core banking », afin d’intégrer la nouvelle valeur faciale sans impacter les soldes ni l’historique des transactions.

Le réseau de distribution devra également être rééquilibré, a-t-il avancé. Une intervention physique sur chaque distributeur automatique de billets (DAB) s’avérera indispensable pour assurer leur compatibilité avec les nouveaux formats et dispositifs de sécurité. S’ajoute la question de la sécurité fiduciaire, afin de prévenir tout risque de contrefaçon durant la phase de transition. “Toutes les normes de sécurité mises en place devront être entièrement revues et adaptées à la nouvelle dénomination qui sera communiquée”, explique-t-il.
L’APB dit par ailleurs anticiper un choc de la demande de numéraire, estimant que la période de transition pourrait provoquer un afflux vers le cash. Cela nécessiterait une stratégie de déploiement du nouveau numéraire dans l’ensemble des agences et points de distribution, ainsi qu’une gestion rigoureuse de la coexistence des deux types de signes monétaires, pièces et billets. Car pour Hugues Bonshe Makalebo, le risque le plus critique est celui d’une rupture de confiance, susceptible de provoquer une thésaurisation de précaution ou, à l’inverse, une inquiétude contractuelle.
Les conditions de succès de cette réforme reposeraient ainsi sur la coordination et la pédagogie. C’est pourquoi l’APB demande un chronogramme détaillé et réaliste de la part de la BFM. Une campagne de communication massive devrait également être menée conjointement par la Banque centrale et les banques commerciales, pour expliquer qu’il s’agit d’un changement de valeur faciale et non d’une perte de valeur économique.

Le secteur financier s’engage à être le relais opérationnel de cette réforme, tout en rappelant que la politique monétaire relève de la souveraineté de la Banque centrale. L’APB souligne toutefois que ce changement majeur et structurant doit être accompagné par l’ensemble des acteurs, et ne peut reposer sur une seule catégorie, conclut son président, Hugues Bonshe Makalebo