En 2021, la Commune urbaine de Toamasina a enregistré 8 767 naissances. Parmi ces naissances, 30 sont le fait de jeunes filles âgées de moins de 15 ans. Et ces mères ont parfois 12 ans, l’âge minimum des mères selon les données de l’Institut national de la statistique. Le cas de Toamasina n’est pas isolé.
A Madagascar, des dizaines de milliers de filles donnent naissance à 12, 13, 14 ans.
Selon les chiffres du troisième Recensement général de la population, le RGPH3, 72 084 naissances enregistrées dans les 12 mois précédant l’enquête sont attribuées à des fillettes de 12 à 14 ans.
Sur ces 72 084 mères âgées de 12 à 14 ans, certaines sont mariées, d’autres sont célibataires, séparées, divorcées ou veuves.
Les chiffres du RGPH3 indiquent toujours que sur les 971 730 fillettes de 12 à 14 ans recensées :
– 21 010 sont mariées,
– 7 619 sont divorcées ou séparées et
– 3 204 sont veuves.
Ce qui donne en tout, 31 833 adolescentes de 12 à 14 ans qui sont ou qui ont été en union.
A Madagascar, une enfant de 12 à 14 ans peut donc ainsi avoir un enfant sans être mariée.
Les données de la dernière enquête démographique et de santé indique d’ailleurs que sur la Grande île, les femmes commencent tôt leur vie sexuelle,
et 18% d’entre elles ont déjà eu leurs premiers rapports sexuels avant d’atteindre 15 ans exact.
Ramené aux 971 730 fillettes de 12 à 14 ans recensées lors du RGPH3, cela donnerait :
– près de 175 000 fillettes sexuellement actives avant d’avoir 15 ans,
– plus de 72 000 fillettes ayant accouché avant d’avoir 15 ans,
– près de 32 000 fillettes mariées avant d’avoir 15 ans.
Le mariage précoce n’est pas une nouveauté à Madagascar.
Sur 442 139 femmes âgées de 45 à 49 ans, c’est-à-dire nées entre 1969 et 1973, 2,4%, soit 10 611, ont été mariées entre 12 et 14 ans.
Sur les 4 053 055 femmes âgées de 20 à 49 ans recensées durant le RGPH3, 5,3%, soit 214 812 ont été mariées entre 12 et 14 ans.
Selon l’Unicef, Madagascar est l’un des pays où l’on enregistre le plus de mariages précoces.
La dernière Multiple indicator cluster surveys de l’Unicef et de l’Instat indique que, le mariage des fillettes est encouragé par les parents parce ceux-ci espèrent que ce mariage leur sera bénéfique à la fois financièrement et socialement, tout en allégeant le fardeau financier qui pèse sur la famille.
Cette enquête rappelle surtout que « le mariage des enfants est une violation des droits humains qui compromet souvent le développement des filles et conduit souvent à une grossesse précoce, à l’isolement social avec peu d’éducation et une formation professionnelle médiocre ».
La même enquête souligne encore que « le droit du consentement libre et plein » à un mariage est reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’homme avec la reconnaissance que le consentement ne peut être libre et plein lorsque l’une des parties n’est pas suffisamment mature pour prendre une décision éclairée concernant un partenaire pour la vie.