TRANSPORT FERROVIAIRE – La gestion du train urbain entachée d’irrégularités, selon la Cour des comptes, Madarail pointé du doigt

“Des marchandises commandées différentes de celles qui sont livrées”. Quatre wagons électriques opérationnels sur 28 acquis. Près de la moitié des 37,5 milliards ariary alloués au projet redirigée vers le plan de relance de Madarail. La Cour des comptes met l’accent sur une série d’irrégularités détectées dans la mise en œuvre du projet train urbain, jeudi, lors de la présentation de son rapport annuel.

Les défaillances pointées par la Cour vont des soupçons de fraude à une gestion défaillante des ressources publiques affectées au projet, en passant par une mauvaise gestion des infrastructures, la non atteinte des objectifs et l’existence de conflits d’intérêt. La magistrate financière va jusqu’à évoquer “une suspicion d’escroquerie” dans un contexte national marqué par une pénurie persistante d’énergie et d’électricité.

Pertinence technique

L’un des faits les plus marquants concerne l’exploitation du matériel roulant. Sur les 28 wagons électriques acquis, seuls quatre sont actuellement opérationnels. Ceux-ci doivent même être tractés par deux locomotives en provenance de Fianarantsoa, ce qui interroge sur la pertinence technique et économique des investissements réalisés. L’ensemble de ces équipements représente pourtant une valeur estimée à près de 270 milliards d’ariary.

La gouvernance du projet soulève également des interrogations. La Cour des comptes évoque un conflit d’intérêts dans la désignation de la société Madarail pour gérer les fonds du train urbain, alors même que cette entreprise était impliquée comme prestataire dans la réalisation du projet et partage des intérêts similaires. À cela s’ajoutent des anomalies dans la gestion des subventions publiques. En 2020, sur les 37 milliards d’ariary alloués, seuls 19,5 milliards ont été effectivement versés au compte du projet, tandis que 17,5 milliards ont été redirigés vers un plan de relance de Madarail.

Dividendes

Les irrégularités financières ne s’arrêtent pas là. En 2024, une avance de 5 milliards d’ariary accordée à Madarail reste à ce jour impayée. Par ailleurs, environ 4 milliards d’ariary de dividendes ou intérêts liés au train urbain auraient été directement utilisés par cette même société pour ses besoins propres, avec l’aval du ministère concerné.

Le rapport pointe également des pratiques contraires aux règles des marchés publics. L’achat des 28 wagons électriques, d’une valeur de 90 milliards d’ariary, aurait fait l’objet d’un marché de régularisation signé après coup, en novembre 2022, alors que les acquisitions avaient déjà été effectuées entre 2020 et 2022. De plus, quatre grands marchés liés au projet auraient été attribués en violation des règles de concurrence.

Transit

Des anomalies ont aussi été relevées dans l’exécution des paiements : des fonds auraient été versés à des intermédiaires plutôt qu’aux fournisseurs réels, sans documents justificatifs probants. Dans certains cas, les biens livrés ne correspondaient pas à ceux commandés. La Cour des comptes signale également que certains contrats publics, d’un montant total d’environ 6 milliards d’ariary, ont été conclus par des autorités non habilitées, notamment le secrétaire général du ministère et le ministre en fonction à l’époque.

Enfin, la gestion des subventions destinées au FCE (Fianarantsoa Côte Est) manque de transparence. Au lieu d’être transférés directement à Fianarantsoa, les fonds ont transité par un compte au nom de Madarail, pour un total de 7 milliards d’ariary au moment de l’enquête. Seuls 2,7 milliards ont effectivement été versés au bénéficiaire final, tandis que le reste a servi à financer l’achat de matériel pour Madarail, sans preuves formelles de service fait ni de réception.