Les idées peuvent ne pas suffire. Faute d’une personnalité pour les porter, qui les incarne. Une figure dont la seule présence casse la routine et introduit ce déséquilibre infinitésimal qui fait bouger les lignes. Et remettre du mouvement.
Une figure charismatique qui, sans être un Messie, devient réellement providentielle. L’apathie d’un enjeu privé d’enjeu devient subitement fourmillement de questions. Ce qui semblait acquis est arraché à sa zone de confort parce que tout redevient possible. Ce je-ne-sais-rien d’incertitude nouvelle qui ranime l’encéphalo des plus blasés d’entre nous.
Ce sont les premiers paragraphes d’une Chronique de VANF (cf. « La sorcellerie Mourinho», L’Express de Madagascar, 23 novembre 2019) que j’ai ensuite orientée vers un entraîneur de football qui détient l’un des meilleurs palmarès internationaux.
Je vais appliquer les mêmes paragraphes à la candidature de Naina Andriantsitohaina à la Mairie d’Antananarivo. Mais, avec moult précautions. Car, en comparaison de la «Politique = gestion de la Cité», le football est une science exacte.
Les idées sont dans l’air depuis les mandats de Guy Razanamasy (1989-1991, 1995-1999) et les vingt-quatre mois de Marc Ravalomanana (2000-2001) : remettre de l’ordre à Antananarivo. Le choix de la démocratie, et surtout l’idée anarchique que l’on s’en fait Place du 13 mai (1972, 1991, 2002, 2009), n’est sans doute pas la meilleure option pour ramener un curseur qui a dérivé loin sur l’échelle du grand-n’importe-quoi. Disons, qu’il reste l’espoir de l’éducation civique, et de l’éducation tout court.
Si un Messi génial existe au football, je déteste évoquer ailleurs un quelconque Messie, simplement parce qu’il n’existe pas. Remettre de l’ordre dans les rues d’Antananarivo et dans la mentalité des Tananariviens ne se fera pas par magie. Il est impossible de rétablir en quatre ans ce qui a été consciencieusement détricoté en cinquante ans. Du travail, beaucoup de travail, un effort de tous les jours, une persévérance dans l’adversité. Bonne volonté doublée de bonne foi. Il n’y aura pas de miracle : il ne faut pas mentir, il ne faut pas se mentir, il ne faut pas lui mentir.
À son crédit, je mets déjà d’avoir cassé ma routine et introduit ce déséquilibre infinitésimal qui a fait bouger ma ligne : je suis un abstentionniste par scepticisme absolu depuis novembre 1999 (ni référendum, ni présidentielles, ni municipales, ni législatives) mais voilà que la proximité avec ce gars laisse entrevoir quelque chose. Il y a vingt ans, avec son père Charles Andriantsitohaina, ils étaient encore co-propriétaires de L’Express de Madagascar, et j’avais commis une Chronique où je conjuguais les quatre voyelles de base A, E, I, O de l’alphabet malgache avec les autres lettres F, R, Y : Naina Andriantsitohaina m’avait passé un coup de fil tout en rigolade là où Herizo Razafimahaleo, l’alors PDG, avait craint pour l’honorabilité de son titre.
Manifestement, je ne suis pas le seul dont le curseur a frémi : je devais rencontrer nombre d’amis à l’annonce de la candidature et à la réunion de lancement de la campagne. Ndriana Razanamasy de l’association «larivo Mandroso» résume sans doute le sentiment général : «Il NOUS ressemble». Et il est celui dans la meilleure posture pour nous rassembler.
Sentiment aussi vieux que le monde. Qui irait choisir un inconnu contre une figure familière. Dès lors, l’appartenance à une «couleur» devient subsidiaire : orange, vert, jaune, bleu, rouge, arc-en-ciel. Les photos les plus éternelles, intemporelles, ne sont-elles pas en Noir et Blanc.
