Nos grands-parents l’avaient vécu. Les plus âgés parmi la génération de nos parents, également. Un entre les-deux-guerres, 14-18 et 39-45, particulièrement éprouvant. Madagascar découvrait la mondialisation : une «grippe espagnole» (1918-1919) presqu’aussitôt suivie d’une épidémie de peste (1921-1935).
Les faits ont certainement traumatisé les esprits, tellement qu’on peut se douter que les récits en furent dramatisés et chaque détail grossi. Il y eut des mesures de quarantaine en lazaret, des interdictions d’inhumation dans le caveau familial, des tombeaux de pesteux murés, des interdictions formelles de «famadihana» de quiconque mourut de la peste.
Quand on sait combien tous les rites autour de la mort réunissent la grande famille et les amis proches jusqu’aux plus vagues connaissances, il faut absolument craindre l’affluence en amont et en aval des funérailles : les embrassades de consolation en période de «distanciation sociale», la promiscuité trop connue d’une veillée funèbre et surtout tout ce coronavirus qu’on imagine en halo maléfique autour du cadavre.
Quelle est la procédure stricte, rigoureuse jusqu’à la sévérité, en cas de décès par coronavirus ? Un travail d’information et de pédagogie, avec la menace clairement brandie de sanctions pénales parce que contrevenir à une mesure de santé publique est purement et simplement mise en danger de la vie d’autrui. Surtout que cet autrui se compte en vingtaine de millions.
L’arme du crime, en temps d’épidémie, c’est le cadavre. Toutes les manipulations autour de la tradition des linceuls sont autant de semailles du coronavirus chez les préposés, la famille éplorée voire l’assistance dans la cour. Les Chrétiens, les Musulmans, les Juifs, enterrent leurs morts. Plus ou moins rapidement. Mais, jamais assez rapidement quand on est confronté à un coronavirus aussi dangereux. Il faudra tous nous convertir au Bouddhisme ou à l’Hindouisme : le salut par l’incinération ou la crémation avec la purification ultime du feu et l’impossibilité à jamais de toute tentation de «famadihana».
