Relancer la production locale pour transformer le paysage énergétique malgache : c’est le pari de Madagascar Oil. Mais comment la compagnie compte-t-elle réussir là où les tentatives précédentes ont freiné ? Éléments de réponse avec son Administrateur Général, Yanto Sianipar, qui précise ici les contours techniques et financiers de ce redémarrage.
Vous parlez de relance du projet Tsimiroro, en quoi diffère-t-elle des tentatives précédentes?
Il ne s’agit plus d’un simple redémarrage. C’est une réactivation stratégique reposant sur des fondations techniques solides, une restructuration financière et des capacités opérationnelles renforcées. Tsimiroro est un champ dont le potentiel a été prouvé. Notre phase pilote a confirmé la faisabilité technique et la viabilité économique de l’exploitation de cette ressource. Nous passons désormais du stade pilote au développement du champ. La première phase comprend la remise en production des puits existants, le forage de puits additionnels et la mise à niveau des installations d’injection de vapeur et de production.
Quels ont été les principaux facteurs qui ont influencé le calendrier de développement du projet ces dernières années ?
Plusieurs facteurs expliquent ce délai. L’instabilité de notre situation locale, ainsi que la faiblesse des cours du pétrole à l’époque. Il y a trois ans, les prix étaient très bas. S’y est ajoutée la pandémie de COVID-19, qui a entravé les mouvements transfrontaliers, impactant le transport et la mobilité de notre personnel. Le cumul de ces problématiques a retardé notre mise en production jusqu’à ce jour.
Qui sont les partenaires derrière Madagascar Oil et sur quel type d’expertise internationale le projet s’appuie-t-il ?
Madagascar Oil est opérée par le Groupe Benchmark. Benchmark est une compagnie énergétique internationale soutenue par des actionnaires américains et indonésiens. Avec une vision d’investissement à long terme, ils possèdent une vaste expertise dans le développement de gisements complexes de pétrole lourd à travers le monde. Benchmark est reconnu comme l’un des rares spécialistes mondiaux de l’exploitation des huiles lourdes, alliant une expertise technique éprouvée à une solide capacité financière. Le groupe a développé avec succès trois actifs majeurs de pétrole lourd, comme illustré dans la vidéo : le premier au Kazakhstan, le deuxième en Azerbaïdjan et le troisième en Californie. La valeur combinée de ces trois actifs dépasse les 4 milliards de dollars US. Ainsi, l’expérience internationale et la profondeur technique de Madagascar Oil pour faire avancer ce développement durable sont en parfaite adéquation avec les standards de l’industrie mondiale.
Où en est Madagascar Oil sur le plan de sa structure juridique et financière après les évolutions de début 2024 ?
Madagascar Oil a finalisé avec succès sa restructuration financière au début de l’année 2024. Cette restructuration a été formellement approuvée par la Cour Suprême des Bahamas, suite à un processus rigoureux d’audit juridique et financier. Cette démarche a permis d’apurer intégralement l’endettement antérieur de la société et de renforcer sa structure de capital, offrant ainsi une assise financière solide pour la relance des opérations. Madagascar Oil avance désormais vers un nouveau plan de développement avec la reprise de la production et la première phase d’extension sur des périmètres similaires. »
Quels sont les objectifs de volume de production visés à court et moyen terme sur le champ ?
Permettez-moi de commencer par la remise en service de nos puits existants. Nous disposons de 25 puits sur le champ après la phase pilote. Nous allons exploiter ces 25 puits pour atteindre une production d’environ 300 à 500 barils par jour. Par la suite, nous forerons davantage de puits, jusqu’à 150 au cours des deux prochaines années. La production sera alors portée à 3 000 barils par jour.
Au-delà de l’aspect technique, quelles sont les conditions cadres que vous jugez essentielles pour assurer la pérennité de l’exploitation ?
Pour un succès à long terme, les conditions structurelles suivantes demeurent essentielles. Premièrement, la stabilité du Contrat de partage de production (CPP). Deuxièmement, la mise en œuvre des dispositions de l’Article 55 du Code pétrolier. Et troisièmement, la réhabilitation de la Route nationale 1 Bis, cruciale pour notre logistique. L’investissement dans des champs techniquement complexes requiert de la prévisibilité et des infrastructures. Nous sommes déterminés à travailler étroitement avec les autorités nationales, particulièrement le Ministère des Mines, pour garantir une production commerciale stable et durable.
Quelle est votre stratégie pour gérer les contraintes logistiques actuelles sur le réseau routier ?
Nous prévoyons des programmes de remise en état de la route, et non une reconstruction complète. L’objectif est de stabiliser la voie pour que notre flotte de camions puisse acheminer nos produits de Tsimiroro vers Tsiroanomandidy. Il s’agit d’un tronçon de 220 kilomètres de pistes secondaires. Au-delà, nous disposons d’un réseau routier de qualité de Tsiroanomandidy vers les autres destinations. Notre priorité est donc d’identifier le programme de remise en état le plus efficient. Réhabiliter, pas reconstruire. C’est notre plan d’action. Parallèlement, nous sollicitons naturellement l’attention du gouvernement sur ces nouvelles conditions. Nous savons que l’État dispose d’un plan stratégique pour les infrastructures routières à Madagascar, et nous espérons que ce tronçon pourra être amélioré. »
Quel impact l’arrivée de votre production locale pourrait-elle avoir sur le marché énergétique malgache ?
Notre production locale de pétrole malgache sera extrêmement compétitive pour nos clients, car son prix sera plus avantageux que celui du pétrole importé. Nous savons que des industries locales sont aujourd’hui demandeuses de notre fuel lourd (HFO). Nous souhaiterions que la Jirama utilise notre produit. Actuellement, la consommation de la Jirama se situe entre 3 000 et 4 000 barils par jour. Si nous produisons 3 000 barils par jour, nous aiderons la Jirama à obtenir un prix très compétitif pour ses centrales thermiques.
