AFRIQUE – Tension diplomatique entre Accra et Pretoria après la mort d’un Ghanéen au Cap

Incident diplomatique entre le Ghana et l’Afrique du Sud à la suite de la mort d’un ressortissant ghanéen au Cap. Alors que Accra évoque un décès survenu au cours de manifestations anti-immigrés qui secouent l’Afrique du Sud, Pretoria affirme que le décès n’est pas lié à ces événements.

Le Ghana affirme que Bashiru Isak, 40 ans, a perdu la vie après s’être fait tirer dessus mardi dans le township de Khayelitsha au Cap, « au cours de manifestations anti-immigrés liées à des attaques xénophobes ». Dans un communiqué diffusé mercredi, le ministère ghanéen des Affaires étrangères a condamné « avec la plus grande fermeté cet acte de violence insensé et la montée de la xénophobie visant les ressortissants africains, y compris les Ghanéens, en Afrique du Sud ».

Le ministère souligne avoir interpellé les autorités sud-africaines et déposé une plainte auprès de la police. Le Ghana dit avoir demandé « une enquête complète, transparente et rapide conduisant à l’arrestation et à la poursuite des auteurs » du meurtre.

“Factuellement incorrectes”

Mais l’Afrique du Sud rejette cette version dans un communiqué jeudi. La ministre sud-africaine de la Justice, Mmamoloko Kubayi, s’est dite « préoccupée par les allégations du ministère ghanéen des Affaires étrangères », les qualifiant de « factuellement incorrectes ». La police sud-africaine considère que ce meurtre pourrait avoir un lien avec une affaire d’extorsion.

Elle a assuré à l’AFP qu’un Ghanéen de 35 ans, dont le nom diffère de celui fourni par le gouvernement ghanéen, a été abattu dans un salon de coiffure lundi et non mardi comme le dit Accra. La police a en outre donné le nom d’un endroit différent concernant le lieu du meurtre.

Jeudi, le porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Chrispin Phiri, a déclaré sur la chaîne publique de télévision SABC : « Il est important que, par le biais des canaux diplomatiques, nous disposions d’un processus clair permettant aux parties de nous consulter avant de diffuser des informations qui, ces derniers temps, en particulier de la part de nos homologues ghanéens, se sont révélées non seulement inexactes mais également invérifiables ».

Pillages et arrestations

L’Afrique du Sud est régulièrement secouée par des épisodes de violences anti-immigrants mais les manifestations se sont intensifiées ces dernières semaines et des milices autoproclamées avaient ordonné aux étrangers sans papiers de quitter le pays avant le 30 juin dernier.

Mardi, plusieurs milliers de Sud-Africains sont descendus dans les rues pour demander le départ de tous les clandestins du pays, répondant à l’appel d’une mosaïque d’organisations citoyennes soutenues par plusieurs partis politiques. Cette journée de mobilisation contre les immigrés a donné lieu à des pillages et s’est soldée par 900 arrestations dans le pays, a rapporté la police mercredi.

Par ailleurs, selon les forces de sécurité, plus de 25 000 personnes, dont des centaines de Ghanéens, sont déjà parties d’Afrique du Sud. Plusieurs Etats africains ont rapatrié leurs ressortissants ces dernières semaines en réponse à la vague de manifestations contre les immigrés.

Avec AFP