La France réaffirme son soutien au processus de Refondation à Madagascar tout en défendant un partenariat « équilibré » et tourné vers des résultats concrets. Dans cet entretien accordé à 2424.mg, l’ambassadeur de France, Arnaud Guillois, revient sur les enjeux de la visite de travail en France du président de la Refondation, le Colonel Michaël Randrianirina, le 24 février dernier, et sur les priorités de la coopération bilatérale, notamment autour du développement du port d’Antsiranana. Il clarifie la position de Paris face à la diversification des partenaires internationaux d’Antananarivo. Entretien.
Quels étaient les enjeux de la visite de travail du président de la Refondation en France en février dernier?
Le président de la Refondation de la République de Madagascar a en effet été reçu en tête à tête au Palais de l’Elysée par le président de la République française, le 24 février. Cet entretien a été suivi d’une rencontre élargie aux délégations ministérielles. A cette occasion, le Président Macron a réitéré le soutien de la France à la poursuite du processus de Refondation, en vue de l’organisation d’élections libres et transparentes dans le cadre du calendrier établi par les autorités de la Refondation et réaffirmé depuis lors par le Président Randrianirina. Les deux Présidents ont confirmé leur volonté de s’engager pour un partenariat renouvelé entre nos deux pays, un partenariat équilibré, tourné vers l’avenir et orienté vers des résultats concrets répondant aux aspirations de la population de Madagascar et notamment de sa jeunesse. La France souhaite notamment contribuer aux objectifs de la Refondation en faveur du développement économique et social de Madagascar, dans un cadre de gouvernance et un climat d’affaires améliorés.
La France, à travers notamment des financements de l’Agence française de développement, de contribuer à la rénovation et à l’extension du port civil d’Antsiranana
Sur quoi les deux pays se sont-ils mis d’accord, notamment à Antsiranana?
Les deux Présidents ont donc confirmé leur volonté de s’engager pour un partenariat renouvelé entre nos deux pays. A présent, il nous appartient de mettre en œuvre conjointement cet engagement présidentiel. S’agissant de ce qui a été agréé concernant Antsiranana, il s’agit d’une déclaration d’intention signée au Palais de l’Elysée devant les deux Présidents par les Ministres malgache et français. Elle porte, et je cite l’intitulé de la déclaration, sur « l’émergence d’un écosystème de l’économie bleue et le développement des capacités portuaires à Antsiranana ». Plus précisément, il s’agit pour la France, à travers notamment des financements de l’Agence française de développement, de contribuer à la rénovation et à l’extension du port civil d’Antsiranana, en s’attachant à réaliser des objectifs concrets : meilleure navigabilité via l’enlèvement des épaves, dragage et mise en œuvre d’un système de suivi de la navigation et du trafic, réalisation d’ouvrages permettant d’améliorer la desserte du port notamment pour la pêche et le cabotage, amélioration des zones de stockage, construction de linéaires de quai supplémentaires et d’une route de contournement du centre-ville.
Il a également été question d’une redynamisation des chantiers navals du port d’Antsiranana?
En parallèle, nos deux Présidents ont exprimé, en effet, dans cette déclaration d’intention, leur souhait commun de travailler à la redynamisation des chantiers navals du port d’Antsiranana à travers l’entreprise publique Secren (Sociétés d’études, de construction et de réparation navale). L’objectif global est d’accompagner la dynamisation économique de la région Diana et du Grand Nord de Madagascar en contribuant à l’amélioration de la performance du complexe portuaire et à créer des emplois, notamment pour les jeunes, dans une dynamique inclusive. J’ajoute que l’Union Européenne et la Commission de l’Océan Indien ont vocation à rejoindre ce projet. Comme vous pouvez le voir, ce projet s’inscrit dans le cadre de l’ambition que j’évoquais un peu plus tôt : contribuer aux objectifs des autorités de la Refondation en faveur du développement économique et social de Madagascar, y compris en région.
De manière plus générale, où en sont les relations entre la France et Madagascar dans le contexte de la Refondation ?
En ce qui concerne les relations entre la France et Madagascar dans le contexte de la Refondation, notre position est claire : la population de Madagascar, et en particulier sa jeunesse, a exprimé des revendications légitimes, que les autorités de la Refondation ont reprises dans leur programme : l’accès à l’eau, à l’énergie, à l’éducation, à un système de santé plus efficace, l’aspiration à la justice et à une meilleure gouvernance. La France souhaite s’inscrire en soutien à ces priorités. Comme pour nombre de nos partenaires, beaucoup de nos projets de coopération ont pâti par le passé d’une gouvernance locale trop fragile. Il est souhaitable d’y remédier. Et je précise qu’il ne s’agit pas seulement d’une question d’amitié et de solidarité entre nos deux pays, même si cette dimension est très importante. Comme vous le savez, nos deux pays sont voisins dans l’océan Indien. Nous faisons face aux mêmes enjeux dans cette région, dont la stabilité et la sécurité, qui sont essentielles dans le contexte international actuel.
Des partenariats internationaux transparents, respectueux et qui bénéficient réellement à la population malgache ne peuvent que contribuer au développement de Madagascar.
Les relations entre Madagascar et la Russie prennent une nouvelle tournure, que pense la France en particulier et l’Europe en général de ce réchauffement diplomatique et économique des relations malgacho-russes ? En êtes-vous gênés ?
Votre question m’amène à rappeler une évidence : Madagascar est un Etat souverain, qui décide donc librement de ses partenariats internationaux. J’insiste sur ce point : nous n’avons pas à juger de l’opportunité pour Madagascar de développer ses relations avec tel ou tel pays. Ce qui compte pour la très grande majorité des partenaires internationaux de Madagascar, qui sont à ses côtés notamment depuis le premier jour de la Refondation, c’est que votre pays, qui a un potentiel extraordinaire, puisse progresser dans la voie d’un développement économique et social inclusif. Des partenariats internationaux transparents, respectueux et qui bénéficient réellement à la population malgache ne peuvent qu’y contribuer.
Comment faut-il interpréter le renouveau des relations entre la France et le continent africain voulu et mis en œuvre par le Président Macron ?
Dès 2017, le Président Macron a souhaité placer les relations entre la France et les pays du continent africain sous le signe du renouveau, avec l’ambition d’élaborer des partenariats mutuellement avantageux. Il s’agit notamment de privilégier une approche plus horizontale, où l’innovation, la jeunesse et l’entrepreneuriat occupent une place centrale pour répondre aux défis du continent. Coorganisé par le Kenya et la France, le Sommet “Africa Forward : partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance” s’inscrit dans cette logique de renouveau. Il se tiendra les 11 et 12 mai à Nairobi. Le président de la Refondation y est invité.
Que va-t-il se passer à ce Sommet?
Le Sommet donnera notamment lieu à des rencontres et à des échanges tournés vers l’entrepreneuriat et la société civile. Plusieurs grands enjeux essentiels pour la France comme pour les pays du continent africain seront abordés : questions de paix et de sécurité, réforme de l’architecture financière internationale, transition énergétique, industrialisation verte, intelligence artificielle et technologies numériques, économie bleue, agriculture, santé. D’autres thématiques de première importance feront l’objet d’échanges : la formation et l’emploi des jeunes, le sport ainsi que les industries culturelles et créatives. Madagascar y a, selon nous, toute sa place !
