BUDGET – L’État malgache engage 419 milliards d’ariary dans le projet de budget rectificatif pour le lissage des prix de carburant

Le gouvernement malgache mobilise un fonds important pour atténuer le choc pétrolier. Face à l’instabilité chronique des marchés énergétiques mondiaux, exacerbée par les tensions géopolitiques au Moyen Orient et les fluctuations de l’ariary, l’État a choisi d’anticiper le pire pour protéger le pouvoir d’achat des Malgaches. Le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 inscrit une prévision de 419 milliards d’ariary au titre du “ solde de lissage pour l’atténuation des chocs sur le prix des carburants”.

En économie pétrolière, le lissage est un amortisseur. Lorsque les cours mondiaux du brut s’envolent, l’État utilise ce fonds pour subventionner temporairement l’écart entre le « prix réel » et le « prix affiché » à la pompe. À l’inverse, si les cours mondiaux baissent, l’État récupère la différence pour renflouer le mécanisme.

“Pour le moment, nous n’avons pas procédé à une augmentation des prix des carburants”, souligne le Dr Herinjatovo Ramiarison en marge de la présentation du projet de loi de Finances rectificative à l’Assemblée nationale lundi. “Cette décision s’inscrit d’ailleurs dans les mesures visant à atténuer la hausse du coût de la vie […]. Partout dans le monde, les prix ont augmenté et vous pouvez constater les conséquences de cette situation. Nous avons choisi de ne pas augmenter les prix afin de préserver le pouvoir d’achat de la population. Cependant, qu’on le veuille ou non, l’État doit compenser cet écart”, explique-t-il.

L’Exécutif reste néanmoins attentif à l’évolution des cours mondiaux. Le membre du gouvernement n’écarte pas d’éventuels ajustements si la tendance internationale ne s’améliore pas. “Si les prix baissent dans les prochains mois, tant mieux. Dans le cas contraire, nous devrons réévaluer la situation : maintenir les prix, les ajuster légèrement ou envisager un autre mécanisme d’absorption. C’est précisément pour cela qu’une enveloppe de 400 milliards d’ariary (NDLR 419 milliards) a été prévue afin d’anticiper et de couvrir ces charges”, soulève-t-il.

Le prix des carburants est la clé de voûte de l’indice des prix à la consommation dans la Grande ile. Une hausse du supercarburant ou du gazole risque d’avoir une répercussion sur le coût de transport, qui impacte à son tour le prix des produits de première nécessité (PPN), notamment le riz et d’autres produits de première nécessité.

À Madagascar, l’évolution des prix à la pompe devait être encadrée par un mécanisme d’ajustement automatique fondé sur deux principaux facteurs économiques à savoir les cours mondiaux des produits pétroliers du mois M-2 et la valeur de l’ariary face au dollar américain. Ce dispositif vise à refléter les réalités du marché international, tout en limitant les fluctuations mensuelles à une fourchette comprise entre -200 et +200 ariary. Les ajustements sont effectués chaque mois et les nouveaux tarifs sont généralement appliqués entre le 1er et le 5 du mois. Mais le gouvernement de la Refondation a décidé de suspendre la mise en œuvre de ce mécanisme avec la mise en place de l’état d’urgence énergétique décrétée en avril dernier.