L’avortement doit-il être dépénalisé ou pas? La question a de nouveau été sur le tapis ce vendredi 7 décembre lors d’un débat national initié par le ministère de la Population, de la protection sociale et de la promotion de la femme.
Près de 70 femmes issues des 22 régions ainsi que des représentants de diverses organisations nationales et internationales ont été présentes à l’atelier pour donner leurs idées sur le sujet. Ces idées devront ensuite être synthétisées dans un document de plaidoyer à présenter au gouvernement afin que celui-ci ait des bases pour décider si Madagascar ratifiera ou pas le protocole de Maputo.
Ce protocole relatif aux droits des femmes propose dans son article 14 que soit autorisé l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère, la vie de la mère ou du fœtus. Et c’est sur cette disposition que le processus bloque. Figurant parmi les 54 pays signataires du protocole de Maputo, “Madagascar est l’un des 14 pays à ne pas l’avoir encore ratifié”, rappelle Rova Rabetaliana, directeur de la promotion de la femme auprès du ministère chargé de la Population. Jusqu’ici, l’interruption d’une grossesse quelle qu’en soit la raison constitue un délit passible de six mois à dix ans de prison, avec des amendes allant de 360.000 ariary jusqu’à 21.600.000 ariary. Refusant de déroger à la loi, le personnel de santé refuse de recourir à cette pratique. Ce qui amène les femmes à se faire avorter de manière clandestine dans de très mauvaises conditions.
Marie Bernadette Raharisoa, Secrétaire général de l’Ordre national des sages-femmes témoigne : « À Ambatofinandrahana où j’ai exercé, une fille de moins de 13 ans, en classe de 8ème, a été conduite par sa mère pour se faire avorter, mais j’ai refusé », raconte-t-elle. L’adolescente et sa mère sont alors allées voir une matrone, « a fille a failli mourir”, se rappelle-t-elle.
Omer Kalameu, Conseiller aux Droits de l’Homme indique que « l’avortement clandestin continue de faire des victimes ». Insistant sur le droit à la vie des femmes et des filles, il pose une problématique importante de notre société « n’allons-nous pas encore accepter cette dépénalisation de l’avortement en cas de force majeure? ». Justifiant la nécessaire dépénalisation de l’avortement du moins dans certains cas, Rova Rabetaliana martèle que “les femmes victimes d’agressions ont droit à la vie et ne peuvent pas supporter les fardeaux résultant de ces agressions, tout au long de leur vie, on doit trouver une solution raisonnable à l’issue de ce débat” explique-t-elle. Elle prend l’exemple d’un viol, où « une femme victime d’un viol aura une grossesse non souhaitée, et subit une agression morale, physique et parfois des maladies sexuellement transmissibles. Elle n’a plus de vie” argumente-t-elle.
C’est pour éviter ces décès que Omer Kalameu recommande « un saut qualitatif vers l’abolition et la décriminalisation de l’avortement ». « Le Protocole de Maputo en est une occasion pour Madagascar », conclut-il.
