ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR – Les étudiants étrangers s’inquiètent face à la hausse des frais universitaires en France

« Si c’est plus de 1 000 euros l’année, je ne pourrai pas continuer d’étudier en France ». Elif, étudiante turque de 25 ans qui vient de passer son master en intelligence artificielle à l’université de Paris-Saclay, s’inquiète du projet du gouvernement français visant à augmenter les frais universitaires pour les étudiants originaires de pays hors Union européenne. Comme elle, beaucoup d’étudiants étrangers, dont des Malgaches, craignent d’être dissuadés de poursuivre leurs études en France.

 

Le ministre français de l’Enseignement supérieur a annoncé lundi vouloir faire appliquer strictement les droits d’inscription dits différenciés pour les étudiants extracommunautaires dans les universités françaises, instaurés en 2019 mais jusqu’ici peu appliqués. Il avait présenté les contours d’un nouveau plan baptisé « Choose France For Higher Education », destiné à renforcer l’attractivité de l’enseignement supérieur français.

 

Concrètement, la majorité des étudiants non ressortissants de l’Union européenne seront appelés à la rentrée à s’acquitter de droits d’inscription fixés à 2 895 euros par an en licence (3e année universitaire), contre 178 euros aujourd’hui, et 3 941 euros en master (4e année), contre 254 euros.

 

La mesure a aussitôt qualifiée de « dangereuse », « discriminante », « xénophobe » ou encore « raciste » par les organisations étudiantes, qui n’excluent pas de se mobiliser dans les prochains jours. « La France nous fait comprendre que l’on n’est pas les bienvenus », déplore Bintou, étudiante ivoirienne de 25 ans en philosophie des sciences à l’université parisienne de La Sorbonne.

 

Les droits d’inscriptions différenciés ont été mis en place dès 2019, mais seuls une quinzaine d’établissements sur les 78 recensés par Campus France, l’établissement public chargé de la promotion de l’enseignement supérieur français à l’étranger, appliquent aujourd’hui complètement les frais majorés, les autres usant de leur droit à exonérer de frais jusqu’à 10% de leurs étudiants. Résultat : en 2024‑2025, seuls 10% des quelque 111  500 étudiants extracommunautaires se sont acquittés des droits d’inscription différenciés à taux plein, selon le service statistique (SIES) du ministère.

 

A partir de la rentrée, les universités pourront exonérer seulement 10% de leurs étudiants extracommunautaires. Ce calendrier est toutefois jugé « pas réaliste », par France universités, l’association qui rassemble les dirigeants d’établissements d’enseignement supérieur, les étudiants internationaux ayant déjà orienté leur choix pour septembre.

 

Ce « changement de règle du jeu » en cours de partie va pénaliser en grande partie les étudiants venus de pays « où le revenu médian annuel des familles correspond au niveau des droits différenciés », déplore Mathias Bernard, président de l’université Clermont-Auvergne (centre), qui n’a jamais appliqué de frais majorés.

 

En 2024-2025, le Maroc, l’Algérie, la Chine, l’Italie et le Sénégal étaient les principaux pays d’origine des étudiants étrangers, comme les années précédentes, selon les données compilées par Campus France. Pour Madagascar, ce sont “chaque année, plus de 1 400 étudiants malgaches de tous domaines et de tous niveaux [qui] quittent la Grande île pour intégrer l’enseignement supérieur français”, avait rapporté Campus France en 2024. En 2023, “5 061 étudiants malgaches sont présents en France”, avait encore indiqué l’agence.

 

Pour Mathias Bernard comme pour Vincent Gouëset, président de l’université Rennes‑2 (ouest), cette hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers est « contre-productive », tant sur le plan social qu’académique. Tous deux mettent en garde contre un risque de décrochage des candidatures internationales et d’un affaiblissement du rayonnement des universités françaises.

 

Avec AFP

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