Vous voulez en savoir plus sur les produits frappés par le droit de douane additionnel de 15% décidé par l’administration Trump? Ou encore sur la façon dont la transition va être menée, sachant que le décret est entré en vigueur ce jeudi? Cliquez sur la vidéo, le directeur général des douanes, Ernest Zafivanona Lainkana donne des détails dans cette interview.
Le directeur général des douanes donne des détails sur le droit de douane additionnel décidé par les Etats-Unis. Les 15% viennent en fait s’ajouter aux droits de douane déjà appliqués actuellement sur les exportations. Et comme une bonne partie des produits en provenance de Madagascar étaient sous Agoa, donc à 0%, Ils sont désormais taxés à 15%, sauf certains produits exemptés comme les minerais stratégiques.
Comment réagissez-vous par rapport au droit de douane additionnel de 15% qui avait finalement été fixé pour les exportations malgaches vers les Etats-Unis ?
Oui, effectivement, si nous remontons, je dirais, au mois d’avril, quand nous avons vu le taux qui était appliqué à Madagascar à 47 %, qui était vraiment, je dirais, une menace pour la compétitivité des produits en provenance de Madagascar à destination des Etats-Unis. Avoir ce nouveau tarif à 15 % est une amélioration comparée au scénario initial de 47 %. Donc, certes, c’est un soulagement. Mais il ne faut pas se méprendre, parce que l’idéal, pour nous, c’est quand on était dans l’AGOA. C’était avec un tarif, je dirais, préférentiel pour Madagascar, qui boostait notre exportation à destination des Etats-Unis. Et c’était même la raison pour laquelle on a eu un excédent commercial de plus de 90 %. Donc, certes, ce n’est pas l’idéal pour nous, mais en effet, c’est une avancée par rapport à l’ancien taux qui était initialement à 47 %.
Comment comprendre ce droit de douane additionnel ?
“Si je peux faire une petite comparaison par rapport à notre pratique : nous, quand nous appliquons les tarifs, ou bien le taux dans les tarifs, il y a les lois des finances que nous faisons. Et c’est pareil aussi aux États-Unis. Donc, c’est le Congrès qui fixe le taux et les réglementations en matière de la douane. Donc, il y a, par exemple, l’AGOA qui été fixée de cette façon car c’est une loi. Il y a aussi des taux MFN (Most favored nation) en anglais. Donc, c’est un taux qui s’applique à tous les pays d’une manière pratiquement uniforme sans accord de préférence commerciale spécifique. Mais au-delà de ça, donc, il y a ce taux additionnel de 15% qui s’applique, eu égard des autres, je dirais, différentes, soit des accords commerciaux, soit de ce taux MFN”.
Sur quels produits ce droit additionnel s’applique-t-il ?
L’exportation des produits de Madagascar à destination des États-Unis, je pense qu’on peut les catégoriser en trois types de produits. Donc, il y a tout ce qui est produit d’agroalimentaire. On peut mettre la vanille, les épices ainsi que les huiles essentielles et tout ça. Et en deuxième catégorie, il y a le textile. Et en troisième catégorie, les produits miniers. Et une bonne partie des produits miniers sont dans le décret du 2 avril. Ces produits, par exemple, les produits stratégiques, miniers stratégiques, font partie de cette liste d’exclusion. Les deux (premières catégories) ne sont pas dans la liste d’exclusion, effectivement.
Qu’en est-il donc de ces produits qui sont censés être exemptés de droit de douane avec l’Agoa?
“Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, l’Agoa élimine les taxes, les autres taxes. L’Agoa permet de faire entrer nos produits en exemption de droits et taxes suivant cet accord. Sauf que le tarif additionnel s’additionne au-dessus de ça. Et donc, même si la vanille à travers l’Agoa, disons, ne payait pas avant, donc à partir de minuit aux États-Unis, minuit et une minute, il y a 15% qui s’additionnent.
Le décret n’annule pas l’Agoa, mais il se superpose à l’Agoa. Et donc, il y a aussi, par exemple le MFN, si on regarde dans le site de CBP (US Customs and border protection), on voit que la vanille est MFN free. Donc il n’y a pas de taxe sur la vanille pour le MFN. Sauf qu’il y a les 15% qui s’additionnent, parce que c’est une taxe additionnelle.
Comment cette nouvelle taxation va-t-elle s’appliquer, et qu’en est-il des marchandises déjà en transit ?
« D’après nos échanges avec nos homologues de CBP (U.S Customs and border protection), donc de la Douane américaine, sur l’application réciproque de produits non exemptés, en provenance de Madagascar. Il a été annoncé qu’il y a 10% pour les marchandises importées ou extraites de l’entrepôt entre 5 et 8 avril 2025, à condition qu’elles ne soient pas encore embarquées avant le 5 avril. Et donc il y a aussi 10% pour les marchandises importées entre le 10 avril et le 6 août inclus. Et puis 15% pour les marchandises importées ou extraites de l’entrepôt à partir de 7 août 2025 à 00h01, sauf si elles ont été embarquées avant cette date et sont dédouanées avant le 5 octobre 2025, auquel cas le tarif de 10% s’applique. Donc c’est ça les conditions pendant la phase transitoire qu’ils ont envoyées ».
Madagascar est-il préparé à ce taux?
“Quand on parle de tarifs, effectivement, l’impact, c’est la compétitivité. Et je pense que c’est un devoir pour l’État de trouver un moyen à ce que le produit du pays soit compétitif. Et d’ailleurs, il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits. Si vous vous souvenez, Madagascar était un des premiers pays à rentrer en négociation avec les États-Unis après le 2 avril. Il y a eu une délégation qui s’est déplacée aux États-Unis. Il y a aussi beaucoup d’efforts qui ont été faits par la représentation diplomatique de Madagascar à Washington pour essayer de faire en sorte que les choses s’améliorent. Et dans ce sens, comme je disais, l’idéal, c’est d’arriver à avoir, soit un accord bilatéral commercial avec les États-Unis. Soit, je dirais, dans une forme éventuellement de l’extension de l’Agoa. (Mais ça, ça regarde les États-Unis. On n’a pas le contrôle sur ça). Mais s’il y a une équivalence par rapport à ça, c’est l’idéal. Et je pense que l’État est toujours là pour accompagner le secteur privé pour que ça aille dans ce sens”.
Les discussions et négociations se poursuivent donc ?
“Oui. Comme je disais, je pense que quand on voit la mobilisation de tous les acteurs, qu’ils soient dans le secteur public ou le secteur privé, peuvent confirmer. Parce que c’est dans l’intérêt de tout le monde. Quand on a eu, par exemple, 47 %, tout le monde s’est mobilisé, il y a eu plusieurs réunions. Il y a même des réunions qui étaient très tardives. Je m’en souviens, on a eu plusieurs réunions qui commençaient à 10 heures du soir, qui terminaient à minuit, à 1 heure du matin. Et tout ça, c’est la mobilisation de tout le monde. Et tant que les choses ne sont pas, je dirais, optimales pour le pays, la mobilisation va toujours continuer à se faire.
