GEOPOLITIQUE – La Russie attaque l’Ukraine et ouvre la voie à des conséquences incalculables

Antananarivo, 24 Février, 21h52 – Ce qui constituait une appréhension ces derniers jours devient une réalité. Le bras de fer entre la Russie et les occidentaux franchit une nouvelle étape. L’attaque, ordonnée par le président russe Vladimir Poutine, dans la nuit du mercredi à jeudi sur plusieurs villes et sites militaires ukrainiens met entre parenthèses la voie diplomatique pour régler les questions en suspens dans ce pays de l’Europe de l’Est.

Dans une brève intervention télévisée, Vladimir Poutine parle d’une « opération militaire », entre autres, pour « démilitariser l’Ukraine » et pour « aider tous ceux qui sont victimes d’intimidation et soumis à un génocide par le régime de Kiev pendant huit ans ». Le président russe met en garde ceux « qui tenterait d’interférer » et annonce « des conséquences que vous n’avez encore jamais connues ».

La condamnation fuse ces dernières heures. Pour l’Ukraine, l’opération militaire russe vise à prendre de son territoire « par la force » et « établir une occupation », ce jeudi selon un communiqué de son ministère des Affaires étrangères. Elle lance un appel à la communauté internationale à « agir immédiatement ». Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, les Etats-unis et l’Union européenne se sont aussi exprimés contre l’« opération militaire ». Des sanctions ont été prises et brandies alors que la Chine nuance ses propos sur le dossier.

Zone-tampon entre l’Europe et la Russie depuis son indépendance au début des années 90, l’Ukraine est partagée entre une partie pro-occidentale, et une autre, qui est proche de la Russie, dans sa partie orientale. Le pays est stigmatisé par les tiraillements entre l’Occident et la Russie.

La « révolution de Maïdan », la « révolution de la dignité » a chassé le gouvernement pro-russe en 2014. Elle conduit à l’accès au pouvoir de dirigeants, enclins à se rapprocher de l’Union européenne et de l’alliance militaire qu’est l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), faisant monter de plusieurs crans la tension entre l’Occident et la Russie. Entre-temps, des séparatistes pro-russes à l’Est du pays, dans les régions de Donbass, montent sur le front, revendiquant leur rattachement à Moscou, à l’aide des armes, et la Russie annexait la Crimée.

Plusieurs enjeux se dessinent autour de cette crise ukrainienne. La Russie voit d’un mauvais œil le rapprochement de Kiev avec l’Union européenne et l’OTAN et le fait savoir. Elle y voit une menace aux portes de ses frontières occidentales avec l’aide d’une ancienne république soviétique, un ancien pays-satellite qui est en train de lui échapper. La crise ukrainienne risque d’influer sur l’ordre mondial, avec en filigrane le bras de fer entre les Etats-Unis et l’Europe d’un côté, et la Russie, des puissances nucléaires, de l’autre côté.

Le Fonds monétaire international (FMI) fait part de son inquiétude sur les conséquences de la crise ukrainienne. Sa directrice générale, Kristalina Georgieva, parle d’un « un important risque économique pour la région et le monde ».

La situation en Ukraine pourrait avoir des conséquences économiques et commerciales, du moins pour les pays impliqués, de près ou de loin, dans le dossier. Le marché du gaz, entre la Russie et l’Europe, celui du blé et du maïs ukrainien pourraient connaître des soubresauts.

Le président français Emmanuel Macron estime que l’invasion russe de l’Ukraine est « un tournant dans l’histoire de l’Europe et de nos pays ». Dans une déclaration faite ce jeudi à la Nation française, il évoque des « sanctions à la hauteur de l’agression dont la Russie se rend coupable », sanctions qui seraient prises par le G7, le Conseil européen et le sommet de l’organisation du traité de l’Atlantique Nord.