GOUVERNANCE – Les défaillances de la gestion des fonds publics au scalpel de la Cour des comptes

La Cour des Comptes a procédé, ce jeudi 19 mars 2026, à la publication officielle de son rapport annuel au titre de l’exercice 2025. Une initiative, dans une optique de consolidation de la redevabilité et de la transparence de l’action publique. Fruit d’un audit approfondi mené auprès de quatorze départements ministériels et organismes publics, ce document d’analyse est désormais porté à la connaissance des citoyens pour assurer un contrôle social de la gestion des deniers de l’État. Le point.

Le décor est planté à Anosy. Devant la plus haute juridiction administrative, le rideau se lève sur l’exercice budgétaire 2025. Un moment de vérité qui place les décideurs face aux réalités comptables et aux impératifs de redevabilité.

« Pour dire les choses simplement, trois phénomènes majeurs ont pu être observés. Le premier réside dans le recours à une gestion opaque, c’est-à-dire une gestion s’écartant des structures établies au profit de ce que l’on qualifie de gestion parallèle. Celle-ci échappe totalement au contrôle des organes de surveillance des finances publiques, à l’instar des parlementaires. Le deuxième point concerne le contournement des dispositions relatives aux procédures de passation des marchés publics ; certains vont même jusqu’à instaurer des cadres réglementaires spécifiques afin de faciliter le décaissement accéléré des fonds publics. Enfin, et ce n’est pas le moindre, je considère comme un point crucial la gestion discrétionnaire des agents de l’État », , a déclaré Jean de Dieu Rakotondramihamina, Président de la Cour des Comptes.

Circuits opaques, contournements réglementaires et gestion discrétionnaire des ressources humaines, le défi de l’administration ne réside plus seulement dans le constat des failles. C’est surtout dans sa capacité à restaurer une meilleure gestion financière pour l’année 2026.

« Nous avons tous pu constater les défaillances survenues au cours de l’exercice 2025. Elle (la Cour des Comptes) nous a également adressé des recommandations. De tels constats contraignent impérativement les responsables que nous sommes à prendre des mesures immédiates. La loi sera appliquée dans toute la rigueur de ses dispositions. Nous procéderons aux réformes nécessaires pour corriger les irrégularités ainsi relevées. En effet, nous considérons la Cour des Comptes comme un conseiller du pouvoir exécutif et non comme un adversaire. Ces observations induiront des changements car, selon ses conclusions, le montant s’élevait à 3 000 milliards. Or, nous identifions déjà 4 000 milliards, soit précisément 3 811 milliards, et je me remémore parfaitement les pertes, ou plutôt les recettes publiques qui auraient dû être recouvrées », a déclaré Colonel Michael Randrianirina, Président de la Refondation de la République de Madagascar

Si les chiffres révèlent l’ampleur des manques à gagner pour les caisses de l’État, ils ne sont que les symptômes d’un mal plus profond.
Au-delà des statistiques, c’est l’architecture même de la dépense publique qui est ici remise en question.

« Considérez un instant les réalisations que nous aurions pu financer avec ces 3 811 milliards d’ariary. L’état actuel de nos infrastructures routières, nos hôpitaux, les écoles, les universités, la situation des enseignants, celle des médecins, et notre situation à tous en tant qu’agents de l’État, si de telles ressources étaient disponibles dans les caisses de l’État. Je conclurai sur ces mots maintes fois répétés : à l’évidence, ce n’est pas l’argent qui fait défaut à Madagascar, mais c’est la gestion qui est défaillante. Dès lors, nous nous efforçons d’ajuster progressivement nos pratiques. Et nous attendons avec impatience la parution du rapport concernant l’année 2026, afin de prendre connaissance de leur jugement sur notre mode de gestion », conclut le Président de la Refondation de la République.