L’Afrique du Sud enregistre l’un des plus importants mouvements d’exode de son histoire depuis plusieurs années. Les violences à caractère xénophobe que connaît le pays ces dernières semaines ont provoqué la fuite de plus de 60 000 étrangers. Originaires principalement du Malawi, du Zimbabwe, du Mozambique, mais aussi du Ghana, du Nigeria, de l’Ouganda ou encore du Kenya, ces migrants fuient un climat marqué par des intimidations, des attaques et des appels au départ des étrangers en situation irrégulière.
Selon les autorités sud-africaines, au moins quatre ressortissants étrangers ont été tués lors de violences liées à cette campagne antimigrants. Les victimes identifiées comprennent deux Mozambicains, un Malawite et un Éthiopien. Le gouvernement mozambicain a également fait état de deux de ses ressortissants tués près de Johannesburg, tandis que la police sud-africaine indique que l’enquête est toujours en cours pour déterminer le mobile de cette attaque. Des commerces tenus par des migrants ont par ailleurs été pillés et incendiés dans plusieurs localités.
Depuis la fin du mois de mai, les autorités des pays voisins organisent des opérations de rapatriement à grande échelle. Le Malawi affirme avoir accueilli plus de 38 000 de ses ressortissants entre le 7 juin et le 8 juillet. Le Zimbabwe indique avoir facilité le retour de plus de 21 300 personnes, tandis que le Ghana, le Nigeria et l’Ouganda ont également procédé à des rapatriements. Au total, les autorités sud-africaines estiment qu’environ 60 000 personnes ont été rapatriées volontairement, expulsées ou ont quitté le pays par leurs propres moyens.
À la frontière de Beitbridge, principal point de passage entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe, des dizaines de milliers de migrants transitent par des camps avant de rejoindre leur pays d’origine. Les autorités sud-africaines indiquent que plus de 46 000 personnes y sont passées depuis le 7 juin, principalement des Malawites et des Zimbabwéens. Beaucoup arrivent avec leurs seuls effets personnels après avoir quitté précipitamment leur domicile ou perdu leur emploi.
L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) rapporte que plus de 73 000 Zimbabwéens ont quitté l’Afrique du Sud entre le 28 mai et le 5 juillet. Parmi eux, près de 19 000 ont bénéficié d’une assistance gouvernementale pour leur retour. D’après les évaluations de l’organisation, 69% des personnes interrogées décrivent leur départ comme “soudain ou forcé”, conséquence directe des violences ou des menaces. L’OIM souligne que les rapatriés ont désormais besoin d’une aide alimentaire, de moyens de transport et d’un accompagnement psychosocial.
Les autorités sud-africaines reconnaissent toutefois que la frontière avec le Zimbabwe demeure difficile à contrôler. De nombreux migrants continuent de franchir clandestinement le fleuve Limpopo, malgré les risques liés aux passeurs, aux animaux sauvages et aux patrouilles. Le chef de l’Autorité de gestion des frontières (BMA), Michael Masiapato, a indiqué que l’absence de clôture sur de longues portions de la frontière ne permettait pas d’empêcher totalement les passages illégaux.
Depuis plusieurs mois, des organisations citoyennes d’Afrique du Sud, soutenues par certains partis politiques, organisent régulièrement des manifestations réclamant le départ des immigrés en situation irrégulière. Si plusieurs rassemblements se sont déroulés sans incident majeur, d’autres ont été suivis de descentes dans des quartiers habités par des étrangers, alimentant un climat de peur qui pousse désormais des dizaines de milliers de migrants à quitter l’Afrique du Sud.
Textes et photo : AFP
