Antananarivo, 2 Octobre, 6h15 – Situation d’urgence dans l’extrême Sud de Madagascar. Dans la commune d’Ifotaka, district d’Amboasary Atsimo, le Programme alimentaire mondial (PAM) rapporte que « les populations peinent pour se nourrir et ont commencé à adopter des stratégies de dernier recours pour survivre : la vente du bétail et des biens domestiques ».
A 11 km de là, dans la commune de Bekiria, district d’Amboasary Sud, « la population mélange de la poudre de kaolin (argile blanche) avec du jus de tamarin pour rester en vie », souligne encore le PAM. Dans ses rapports, cette agence des Nations Unies de lutte contre la faim fait état d’une « situation humanitaire en désolation » dans ces zones.
En réponse à l’alerte sonnée en fin de semaine dernière par une élue de la région, la député Solange Angèle, des missions d’urgence se sont rendues sur place pour apporter une assistance alimentaire et nutritionnelle aux habitants de ces localités. L’objectif, indique le PAM, est de « sauver des vies à travers des distributions de vivres (riz, haricot, huile et farine de maïs/soja fortifiées en vitamines et minéraux) ». Et toujours selon le PAM, « les autorités de la région Anosy et les acteurs humanitaires tiendront une réunion de crise le 2 Octobre ».
Le chef de l’Etat, Andry Rajoelina, lui, est attendu dans la région en fin de semaine. Il « descendra sur place pour apporter les aides de l’Etat et pour renforcer et coordonner les projets et les infrastructures de lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans le Sud », indique le communiqué du Conseil des ministres de mercredi. « Des descentes sur terrain ont déjà été effectuées mais celles-ci doivent être renforcées », souligne le communiqué.
La situation d’insécurité alimentaire et de malnutrition qui sévit aujourd’hui dans le Sud avait déjà été prévue depuis Avril. Le PAM rappelle que « en Avril dernier, l’IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) avait estimé que 1,6 million de personnes dans le Grand Sud de Madagascar seraient en insécurité alimentaire aiguë dont 554 000 ayant un besoin d’assistance d’urgence ».
Dans une publication partagée sur sa page Facebook, l’organisation humanitaire souligne que « cette situation était prévue se dégrader à partir de Juillet 2020 ». Elle parle d’une « période de soudure 2020-2021 [qui] devrait ainsi démarrer plus tôt et être plus sévère que celle de l’année dernière ». L’insuffisance des précipitations dans une région pourtant productrice, selon le gouverneur de la région d’Anosy, Jerry Hatrefindrazana, avait fait perdre les récoltes et drastiquement réduit la production locale.
Ces prévisions avaient déjà conduit l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) à acheminer dans les zones annoncées comme allant être les plus touchées par l’insécurité plus de 8300 tonnes de vivres. Les premiers sacs sont arrivés sur place en Juillet, et ce sont ces dons qui ont permis aux autorités et acteurs humanitaires d’apporter immédiatement des secours d’urgence aux habitants d’Ifotaka après l’appel de la député Solange Angèle.
Il y a quelques jours, cette élue d’Ambosary Atsimo, rapporteure générale de l’Assemblée nationale, avait indiqué avoir reçu un rapport du maire d’Ifotaka faisant état du décès de huit enfants à cause de la famine dans la commune d’Ifotaka. Le rapport du maire a été confirmé par le chef de la région d’Anosy Jerry Hatrefindrazana, même si ce dernier indique, jeudi, « ne pas être en mesure de certifier que ces décès aient réellement été dus à la famine ou à d’autres causes ». Les sources humanitaires évitent pour l’instant d’affirmer si la famine et la malnutrition ont été à l’origine de décès dans ces localités.
Photos : Programme alimentaire mondial (PAM) – Madagascar