Antananarivo, 3 Mai, 7h15 – La liberté de la presse dans une situation difficile à Madagascar. Bien que la Grande île voie son rang légèrement s’améliorer sur le classement de la liberté de la presse établie annuellement par Reporters sans frontières (RSF), passant de la 101ème place à la 100ème place sur 180, son score connaît une baisse de 2,6 points. En 2024, la Grande île obtient une note moyenne de 54,07/100 contre 56,66/100 en 2023. Sur le tableau de RSF, Madagascar se trouve juste devant l’Israël et vient bien après le Niger (80ème avec 59,71/100) ou encore la République centrafricaine (76ème avec 60,12/100).
Dans sa fiche pays Madagascar, RSF parle d’un “paysage médiatique fortement polarisé, politisé et considérablement affecté par la corruption”. L’ONG met notamment en avant le fait que “l’État contrôle les médias publics” et que “la radiotélévision publique (RNM et TVM) reste largement dominée par les directives de la communication gouvernementale”. Elle soulève également un accès fortement limité à une information neutre et indépendante en raison de la politisation et de la division des médias privés entre ceux qui défendent le pouvoir et ceux qui sont proches de l’opposition. “L’État contrôle les médias publics, dont il a le pouvoir de nommer ou démettre les principaux responsables” tandis que “la mainmise des hommes politiques sur les médias plombe le pluralisme et la liberté des journalistes”, regrette-t-elle alors.
A la lecture du fiche pays établie par RSF, la mauvaise note de Madagascar est aussi due à l’absence de la loi sur l’accès à l’information publique qui attend d’être votée depuis 16 ans ainsi qu’à la non-adoption de la loi sur les défenseurs des droits de l’homme et les lanceurs d’alerte, proposée en 2021. A cela s’ajoute “la précarité de la presse malgache [qui] a des conséquences désastreuses sur la qualité de l’information et l’indépendance des médias” avec des journalistes vulnérables à la corruption, et à la pratique du “felaka” en raison de la faiblesse des salaires, sans parler du cumul de plusieurs emplois par les reporters qui se retrouvent en situation de conflit d’intérêt, en travaillant en parallèle auprès de responsables politiques.
La situation est d’autant plus difficile que la fiche de RSF évoque la situation de “journalistes publiquement pris à partie par des responsables politiques ou victimes de campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux”. RSF reconnaît néanmoins que “si les atatques physiques demeurent rares durant les élections qui ont porté Andry Rajoelina à la tête de l’État en novembre 2023, des journalistes ont été victimes d’exactions”. RSF rappelle également que “depuis la dépénalisation, en 2016, des délits de presse, il est assez rare qu’un journaliste se retrouve en prison pour des faits relevant de l’exercice de ses fonctions”. Il n’en soulève pas moins que “la réforme de 2020 du Code de la communication prévoit des amendes en cas de “diffusion de fausses nouvelles”, d’“outrage” et de “diffamation”.
