La France veut renforcer la conditionnalité de son aide publique au développement envers quelques pays africains afin d’obtenir une meilleure coopération dans la lutte contre l’immigration clandestine vers Mayotte. L’annonce a été faite mercredi à Dzaoudzi par le Premier ministre français Sébastien Lecornu, lors d’une visite de deux jours dans l’archipel. Les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo (RDC), le Rwanda, la Somalie et le Kenya sont concernés par ce nouveau dispositif, qui doit introduire des critères de “bonus-malus” liés à leur coopération avec la France en matière migratoire.
“On va créer quelques nouveaux critères de bonus-malus”, notamment sur “la capacité à bien collaborer dans la lutte contre les passeurs, la délivrance de laissez-passer consulaires” et “la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière”, a déclaré Sébastien Lecornu à la base navale de Dzaoudzi. Il a demandé au ministère des Affaires étrangères de formuler des propositions pour une première mise en œuvre dès 2026, avant une application plus structurelle à partir de 2027.
En 2024, l’aide publique au développement destinée à ces pays atteignait environ 300 millions d’euros, selon les chiffres avancés par le gouvernement français. Sébastien Lecornu a toutefois précisé que l’aide humanitaire directement destinée aux populations ne serait pas concernée par cette évolution. “Tout ce qui est de l’aide humanitaire directe aux populations, y compris dans les théâtres de guerre, on ne remet pas en cause”, a-t-il assuré.
Le chef du gouvernement français justifie cette approche par la volonté de mieux prendre en compte la coopération des pays bénéficiaires dans la gestion des flux migratoires. “Il est normal de donner plus à un pays qui se donne du mal pour répondre à nos attentes en matière migratoire”, a-t-il déclaré.
La question migratoire constitue l’un des principaux sujets de tension à Mayotte, département français de l’océan Indien situé à proximité des Comores. L’archipel comptait 323 000 habitants au 1er janvier 2026, selon l’Insee. Une part importante de sa population est étrangère, les arrivées provenant principalement des Comores, mais également de plus en plus des pays de la région des Grands Lacs, notamment de la RDC, du Rwanda et du Burundi.
Sébastien Lecornu a également annoncé le renforcement des moyens de surveillance et d’interception autour de Mayotte. La France prévoit notamment de recourir davantage aux drones et aux ballons captifs pour surveiller les approches maritimes. Le nombre de navires intercepteurs doit par ailleurs passer de neuf en 2026 à treize en 2028, selon les annonces du Premier ministre.
Textes et photo AFP
