Pr Zely Randriamanantany : “Ecouter l’expert qui a fait 12 ans d’études, pas ce qui se dit sur Facebook”

Madagascar se met “en mode” rattrapage. Objectif: faire vacciner les 1,2 million d’enfants âgés de 12 à 59 mois qui n’ont jamais reçu une seule dose de vaccin. Mais en plus de rattraper le temps perdu, il va aussi falloir ramener la confiance de la population et convaincre les parents de vacciner à nouveau leurs enfants. Le Pr Zely Arivelo Randriamanantany, ministre de la Santé publique, fait le point sur les raisons qui ont amené les parents à ne plus faire confiance au vaccin, et sur les moyens à mettre en place pour rétablir cette confiance. Extraits de conférence de presse.

Madagascar compte 1.2 million d’enfants malgaches entre 12 et 59 mois n’ayant jamais été vaccinés. En 2023, selon l’OMS, la Grande île fait partie des 20 pays où vivent les 3/4 des enfants à zéro dose dans le monde. Ces dernières années, les parents sont réticents pour faire vacciner leurs enfants. Cette situation est en partie due aux critiques négatives à l’encontre du vaccin anti-Covid à l’époque.
“Ce qui se passe actuellement apparaît comme un effet collatéral du dénigrement du vaccin à l’époque. Et ce n’est pas qu’à Madagascar que l’on constate cette baisse mais un recul des vaccinations de 35 à 45 % est aussi enregistré dans le monde”, a fait savoir Pr Zely Arivelo Randriamanantany, ministre de la Santé publique.
Durant la crise Covid-19, l’Etat malgache avait mis du temps pour accepter la vaccination. Les autorités avaient plutôt misé sur le Covid Organics pour prévenir la Covid-19. Il était aussi question de renforcer le système immunitaire par ce remède “vita malagasy”. Mais pour le Pr Zely Randriamanantany, l’Etat a plutôt joué correctement son rôle. Il impute plutôt la baisse du taux de vaccination aux communications malveillantes sur les réseaux sociaux.
“Je vous rappelle le contexte : avant il fallait 5 à 15 ans pour élaborer un vaccin mais la pandémie mondiale de la Covid était arrivée et il fallait que les professionnels de santé trouvent une solution rapide pour y faire face. Lorsque les vaccins étaient prêts, les Malgaches avaient crié sur les réseaux : “Pourquoi on ne nous vaccine pas, on va tous mourir”. L’Etat n’a jamais été contre le vaccin anti-Covid mais par principe de précaution, il a préféré observer ce qui se passe ailleurs dans le monde, car un vaccin qui devait prendre 15 ans pour être mis au point a été conçu en deux mois. Rappelez-vous que le rôle de l’Etat est de protéger la population. Une fois le vaccin adopté, personne n’a voulu se faire vacciner car les gens consultent facebook au lieu d’interroger un personnel de santé. Aujourd’hui tout le monde se croit professionnel de santé grâce à Facebook. Le problème c’est qu’on a trop véhiculé dans le monde entier les effets secondaires du vaccin. On les a trop médiatisés, après le Malgache n’a plus voulu se faire vacciner., confie le ministre de la Santé publique
Aujourd’hui, l’Etat se met en première ligne des défenseurs de la vaccination. En attendant que les appels lancés par les autorités convainquent à nouveau les parents, Les autorités organisent une campagne de rattrapage de vaccination avec ses partenaires.
Derrière Madagascar pour cette campagne, l’Organisation mondiale de la santé, l’Unicef et l’alliance Gavi.
“Actuellement, on fait des efforts avec tous les partenaires qui œuvrent dans la vaccination. Le but consiste à trouver la solution pour convaincre les personnes et rétablir la confiance. Ce n’est pas une mauvaise chose et toute la communication internationale va dans ce sens”, dit-il.
“Vous devez écouter l’expert qui a fait 12 ans d’études. Je suis professeur en immunologie, bac + 23. Or c’est quelqu’un qui s’informe sur facebook qui avait discuté avec moi à l’époque et avait soutenu que je racontais des mensonges et je n’avais rien répliqué. On a toujours essayé de persuader mais la communication tend plutôt vers la version malveillante. Donc il faut réellement profiter de cette opportunité pour parler de la vaccination. Protégeons les enfants car on ne vit pas longtemps.”, ajoute-t-il.
Cette année, sept campagnes de vaccination seront initiées par le ministère de la Santé publique. Il y aura quatre campagnes de vaccination intensives et deux campagnes de vaccination contre la polio. Une campagne de vaccination contre la rougeole est également dans le calendrier.