PRÉSIDENTIELLE À MADAGASCAR : Comprendre les conflits post-électoraux pour mieux les prévenir

Comment gérer les conflits après les élections ? Le sujet a fait l’objet d’une conférence à l’Université d’Antananarivo le vendredi 21 Décembre. Organisée deux jours après le second tour de l’élection présidentielle, les discussions ont abordé des questions importantes pour Madagascar où des crises politiques surviennent de manière cyclique après les élections ou malgré les élections. Cette année, les deux tours de la présidentielle se sont déroulés dans le calme, selon les observateurs, mais les appréhensions d’une crise post-électorale ne sont pas loin.

Pour évoquer le sujet, les organisateurs ont fait appel au professeur Abdoulaye Bathily, conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour Madagascar, et à Joaquim Chissano, envoyé spécial de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Les deux hommes sont de passage à Madagascar dans le cadre des missions d’observation des élections. C’est Monique Andréas Esoavelomandroso, médiateur de la République, qui a introduit la conférence.

Décortiquant les origines des crises, les conférenciers ont surtout soulevé comment les éviter. Pour eux, la préservation de la paix se fait à travers un dialogue permanent basé sur la confiance. « Pour prévenir la crise, une démocratie véritable est de mise », a d’emblée lancé Monique Andréas Esoavelomandroso. « La démocratie ne se décrète pas, elle s’apprend », a-t-elle souligné dans son allocution, insistant sur l’importance de l’implication et de l’éducation des citoyens.

Les deux autres conférenciers, pour leur part, ont mis l’accent sur la nécessité de bien gérer la diversité. Le professeur Abdoulaye Bathily a par exemple, souligné l’inaptitude des gouvernants à gérer les diversités nationales. Pour lui, « chaque nation est forte d’une grande diversité qui peut s’exprimer à travers différentes cultures, et bien gérer la diversité revient à bien gérer la distribution des ressources ». Ce qui, en Afrique, ne semble pas toujours être le cas.

« Après l’indépendance, certains pays d’Afrique n’ont pas procédé à des transformations qui intègrent les territoires dans une même stratégie de gestion, faisant en sorte que certaines populations, se sentant marginalisées, se révoltent », souligne encore le conseiller spécial du SG des Nations Unies. Il estime que « les racines des crises se trouvent dans la mauvaise gouvernance, que ce soit dans le domaines politique, économique, sociale et identitaire ».

Joaquim Chissano, dans son allocution, a insisté sur la nécessité de mettre de côté les différences et de définir un objectif commun au profit du pays afin de créer une Nation. « Ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise », a souligné l’ancien président mozambicain. « Le conflit commence dans le cœur de chacun. La guerre commence dans notre esprit », a-t-il poursuivi. D’où l’importance de détecter les germes des conflits pour les prévenir.

Photo : Joaquim Chissano lors de la conférence de presse de la SADC au second tour de l’élection présidentielle