Pour les médias français, la consultation franco-malgache sur les îles Glorieuse, Juan de Nova, Bassas da India et Europa, est un non-événement. Il est vrai que, la France revendiquant le deuxième espace maritime au monde, avec tout de même l’appoint de ces «confettis», son opinion publique et ses médias ne vont pas chaque fois s’émouvoir pour un Clipperton ici, un Tromelin là, un Juan de Nova ailleurs. De toutes manières, c’est bien connu, toutes ces îles sont loin, très loin.
Je doute qu’un seul électeur de ces députés français qui bloquent l’accord-cadre franco-mauricien sur Tromelin, ait jamais entendu parler de cet îlot perdu dans l’Océan Indien : «1761, l’Utile, esclaves oubliés». Pas plus qu’ils sachent c’est quoi et où Glorieuse avant qu’un président de la République ne s’y rende.
Il faut être vraiment mal intentionné pour, comme le Rassemblement National, se fendre d’un communiqué comminatoire : «Le Rassemblement National s’est toujours fermement opposé à toute tentative de remise en cause de la souveraineté française sur nos territoires ultramarins (…) Toute remise en cause de la souveraineté sur une partie du territoire sous souveraineté française est un manquement aux prérogatives du président de la République (…) Le Rassemblement National s’oppose fermement à toute ouverture de négociations avec Madagascar sur la gestion et la souveraineté des îles éparses».
On l’aura compris, la petite escapade d’Emmanuel Macron sur une plage des Glorieuses, au mois d’octobre 2019, le fameux «Ici, c’est la France», était à usage interne. Pour calmer le Rassemblement National, par exemple. Mais, pas seulement.
En 2013, un front «transpartisan» avait réuni UDI, LR et PS pour dénoncer l’accord-cadre signé le 7 juin 2010 entre la France et l’île Maurice, à propos de Tromelin. Et pourtant, le projet de loi qui, deux ans plus tard, allait le faire approuver au Sénat français, présentait cet accord-cadre comme «un régime juridique original en droit international», «une cogestion qui ne préjuge pas de la position respective des deux parties en ce qui concerne leur souveraineté», «une démarche pragmatique et novatrice visant à dépasser le différend territorial en établissant un partenariat actif».
Déjà à usage interne, franco-français, le ministre d’alors de l’outre-mer dut se rendre sur l’île de Tromelin pour bien marteler sur place que «c’est un accord de cogestion, pas un partage de souveraineté». En vain. Les mêmes parlementaires allaient de nouveau s’opposer à l’examen de l’accord-cadre en 2017. Tout en laissant bien entendre qu’ils craignaient un effet-domino sur les îles éparses revendiquées par Madagascar.
«Erreur de plume, test diplomatique ou extrapolation à visée interne» : le Rassemblement National s’était inquiété du choix et de la précision des mots après la discussion entre les présidents français et malgache, en mai 2019. Si les lignes devaient bouger, gageons que, dans les médias français, la prochaine consultation ne sera plus un non-événement.
