La solidarité européenne se met en place avec beaucoup de retard. Ce n’est que le 16 avril 2020 qu’est née une proposition de résolution du Parlement européen sur une action coordonnée au niveau de l’Union européenne pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Trois longs mois après la déclaration d’urgence sanitaire internationale. Entre-temps, les réponses avaient été national-patriotiques. Chaque pays de l’espace pourtant Schengen se protégeant derrière des frontières bien hermétiques.
Alors, l’Europe parviendra-t-elle à s’accorder sur cette proposition des parlementaires français qui, le 6 mai 2020, concevaient une «Proposition de résolution européenne relative à la relocalisation de la fabrication des médicaments et des principes actifs pharmaceutiques en Europe» ?
La crise du coronavirus a montré qu’il y a des pays européens plus OCDE que d’autres. La pénurie de masques, de lits, de tests, dans certains autres pays européens s’apparentaient ni plus moins qu’à un vulgaire sous-développement, un lamentable tiers-monde au coeur même de l’Europe.
Cette proposition parlementaire française confirme cette infériorité structurelle : «ultra-dépendance vis à vis de la Chine et plus globalement de l’Asie», «pénurie de médicaments de grande consommation comme le Doliprane ou de principes actifs spécifiques comme la Chloroquine», «80% des principes actifs sont fabriqués en Chine et en Inde», «degré incroyable de dépendance de notre pays et du continent à l’égard d’approvisionnements venant de Chine dans le domaine de l’industrie de santé».
Le 6 mai 2020, le Haut Représentant européen pour la santé regrettait qu’il n’était pas normal que l’Europe ne produise pas le moindre gramme de paracétamol et que la Chine concentre 80% de la production mondiale d’antibiotiques. On avait craint une hécatombe en Asie tropicale et en Afrique sub-saharienne, mais finalement, c’est la vieille Europe qui compte le plus de victimes de Covid-19.
Alors, on retrouve de bons vieux réflexes protectionnistes avec un «pacte fiscal pour l’implantation en Europe de sites de production de médicaments ou de principes actifs essentiels : exonérations fiscales ciblées, renforcement de la taxation à l’entrée de l’UE de médicaments ou de principes actifs fabriqués en dehors de l’Union». Ça ne fera jamais que 30 ans que l’agriculture européenne est subventionnée, malgré les grands principes du libéralisme.
L’État allemand va reprendre une minorité de blocage au sein de Lufthansa pour sauver la compagnie aérienne qui avait été totalement privatisée en 1997. En France, la renationalisation du constructeur automobile Renault, société privée depuis 1996, est également envisagée. En mars 2019, Airbus se plaignait encore que l’administration américaine subventionne Boeing. Un an plus tard, cette aide fiscale sera enfin abrogée juste avant que Boeing ne demande 60 milliards de dollars d’aides d’urgence. Avec ses 2,5 millions d’employés et ses 17.000 fournisseurs, Boeing est considéré comme «too big to fail», aussi Donald Trump a rapidement donné son assentiment.
Moralité de l’histoire : protectionnisme, subventions, nationalisation, ne sont plus des gros mots. À nous d’imiter l’exemple interventionniste des pourtant chantres du marché-roi.
