La Revue Malgache de Médecine existe. Son éditorial de reprise, après une parenthèse de trois ans, passe en revue les sociétés savantes médicales malgaches : sociétés (cardiologie, néphrologie, dermatologie, pathologie infectieuse, pneumologie, psychiatrie, etc.) ou associations (médico-chirurgicale de gastro-entérologie, de praticiens en rhumatologie, des radiothérapeutes et oncologues, etc.). Madagascar n’est pas un désert scientifico-médical.
L’Académie Nationale de Médecine avait signalé son existence l’autre 20 avril 2020. Son président, Marcel Razanamparany, 86 ans, est un illustre professeur de médecine, spécialité pédiatrie. Dans une lecture ancienne, j’avais pu noter sa recommandation à utiliser le nuoc’mam, cette sauce saumure vietnamienne à base de poissons fermentés, dans le traitement de la malnutrition infantile.
En cette période de coronavirus, les grands laboratoires pharmaceutiques avouent n’avoir ni vaccin ni médicament contre le Covid-19. C’est une chance pour l’ethnopharmacologie : l’association malgache en avait été créée en 1960 avant d’être reconnue d’utilité publique en 2003. Le «Jour d’après-coronavirus» serait un retour aux valeurs en harmonie avec la nature. Mais, c’est justement la vraie place de la phytothérapie et des plantes médicinales.
Madagascar, île séparée du reste du monde depuis 95 millions d’années et le Crétacé, est un conservatoire d’une exceptionnelle biodiversité. Les botanistes supposent qu’une douzaine de milliers de plantes endémiques auraient des vertus médicinales.
L’IMRA du Professeur Rakoto-Ratsimananga (1907-2001) est le principal organisme de recherches privé malgache dans le domaine de substances naturelles. Mais, l’institut malgache de la recherche appliquée n’est pas seul à placer les plantes médicinales au centre des Recherches&Développement.
Déjà, ils sont nombreux à avoir contribué à la connaissance des plantes et de la pharmacopée malgaches : le méconnu Louis-Armand Chapelier mort et enterré à Ambodiatafana en 1806 ; le Dr. Gershon Ramisiray (1873-1930) qui a soutenu à Paris une thèse de doctorat sur les pratiques et croyances médicales des Malgaches (1901) après s’être initié à la médecine traditionnelle malgache auprès d’un tradi-praticien, Randriamahazo dit «Rainibefahandro», futur pasteur du temple d’Ankadimbahoaka ; Édouard Heckel (Les plantes médicales et toxiques de Madagascar, 1910), André Dandouau (Catalogue des noms malgaches de végétaux, 1911) ; Henri Perrier de la Bâthie (1873-1958) et ses nombreux travaux, Pierre Boiteau (Dictionnaire des noms malgaches des végétaux, 1979), la Professeure Lala Henriette Rakotovao (Laboratoire de botanique et de biochimie, 1989), la Professeure Marta Andriantsiferana (Laboratoire des Produits naturels, 1983), Rabesa Zafera-Antoine (Pharmacopée de l’Alaotra, 1986)…
À parcourir l’annuaire des enseignants-chercheurs en Médecine et en Sciences agronomiques, le Professeur Rakoto-Ratsimamanga aura fait des émules. Déjà, il n’était pas seul à l’IMRA : le Professeur Philippe Rasoanaivo est décédé en 2016 après que ses travaux ont permis le développement de huit phytomédicaments dont le Fanaferol en 1984. Pour l’ensemble de sa carrière, il avait reçu l’International Foundation for Science Sven Brohult Award en 2000.
Le Centre National (d’Application) des Recherches Pharmaceutiques, créé en 1976, avait extrait d’Ilex mitis (Hazondrano) le Fanaferol, une pommade cicatrisante qui a reçu son AMM en 1984. Le bois dont on extrait la molécule est à usages multiples posant un problème typique de l’équilibre entre préservation et exploitation d’un végétal dont rien ne se perd : les fruits, l’écorce, le fût ni le potentiel mellifère. On parle d’un «usage économique durable des forêts», mais la biodiversité demeure sous pression.
Depuis le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992, une CDB (Convention sur la Diversité Biologique) parle d’APA (Accès et Partage des Avantages), mais comme dans le rapport matières premières/produits manufacturés, il faut choisir entre rester un pays riche de sa biologie ou accéder au rang de pays bio-technologique. Sinon, on pourra épiloguer à loisirs sur ces deux molécules anti-cancéreuses et anti-leucémiques Vinblastine et Vincristine, connues des tradipraticiens malgaches chez le «Vonenina» (Catharantus roseus, pervenche de Madagascar), mais isolées en 1958 par deux chercheurs canadiens (Robert Noble et Charles Beer), approuvées par la FDA (Food and Drugs Administration) dans les années 1960s, et brevetées dans les années 1970s au profit du laboratoire américain Eli Lilly Pharmaceuticals : Madagascar n’a jamais reçu un seul centime du profit annuel de 220 millions de dollars depuis soixante-dix ans.
Quand on exporte 500 kilos de Vonenina pour obtenir 1 gramme de Vinblastine, est-ce contribution à la recherche pharmaceutique pour la science et l’Humanité ou braderie de son double patrimoine génétique et de savoir-faire traditionnel ?
