Le Grand Tana demeure un concept méconnu. Tout juste si on sait qu’il désigne quelque chose de plus large que la seule ville d’Antananarivo. Quant à ses limites géographiques ou l’opportunité de son invention, mystère, bien que les urbanistes parlent couramment Grand Tana depuis les années 1980.
Et finalement, plutôt qu’une carte de l’Antananarivo des six arrondissements (Ambohimanarina avait pu être une commune autonome il y a soixante ans) et une autre des communes plus ou moins rurales alentour, laissons la réalité parler.
Les limites vers le Sud-Sud-Ouest d’Antananarivo sont naturelles à la frontière que trace l’Ikopa. En deçà de Tanjombato, en deçà d’Anosizato Andrefana, en deçà de Bemasoandro. Au-delà, il devient plus lâche le maillage des rues, qui caractérise véritablement cette Ville-pays qui a fleuri au pied de la colline originelle d’Antananarivo. De Tanjombato à Andoharanofotsy, d’Anosizato à Ampitatafika, de Bemasoandro et Andranonahoatra à Itaosy et Andohatanjona, les banlieues ne semblent être desservies que par une seule rue principale à laquelle se raccordent impasses et culs-de-sac.
Une seule image, parmi mille autres, résume la distorsion d’Antananarivo et du désert grand-tananarivien (cf. «Paris et le désert français», de Jean-François Gravier, Flammarion, 1947).
Dimanche, sans doute jour de grande lessive et tant pis que ce soit un «Alahady voalohan’ny taona», au fleuve Ikopa. Sur les berges de la rive droite, l’aval filant à l’Ouest vers Andriantany et Farahantsana, le linge multicolore mis à sécher sur les pierres anti-érosion : spectacle presque pittoresque s’il n’était pas encore du sous-développement. En vis-à-vis, sur la rive gauche, Bemasoandro, et une décharge sauvage qui se perd inexorablement dans l’eau. Ici, une ville pas tant urbaine. Là-bas, une banlieue qui s’avoue rurale. Un pont plus loin, un pont trop loin.
