VANF ONLINE – Une nécropole n’est pas que musée

Le Rova, tout Rova, n’est pas qu’un ensemble de palais. C’est surtout une nécrolope royale, dont les descendants sont bien présents.

C’est un abus de langage que de simplifier le Rova en musée républicain. Gallieni avait aboli la royauté merina, et envoyé en exil la Reine Ranavalona III, mais il savait bien que son décret du 28 février 1897 ne serait qu’un bout de papier sans la violence symbolique de la profanation du 14 mars 1897 quand il fit exhumer les rois d’Antananarivo enterrés au Fitomiandalana pour les transporter plus au Nord, et qu’il viola la sépulture d’Andrianampoinimerina et de Ranavalona 1ère à Ambohimanga pour les convoyer à Antananarivo.

La double profanation, celle de 1897 et celle de l’incendie de 1995, n’empêche pas l’empreinte symbolique des cendres d’Andriamasinavalona et de ses descendants d’imprégner le Rova d’Antananarivo. Les journaux français avaient noté le profond recueillement des Malgaches venus en grand nombre accompagner la dépouille de Ranavalona III, morte en exil à Alger en 1917, et rapatriée au Rova le 31 octobre 1938. Le décret d’abolition de Gallieni n’a pas abrogé les sentiments des sujets de la Reine.

En 1995, au lendemain de l’incendie, les descendants des souverains ensevelis à Anatirova se sont investis pour la restauration des tombes. Comme aurait fait chaque famille malgache s’agissant de la tombe ancestrale.

Aujourd’hui, on entend dire que le projet muséologique au palais de Manjakamiadana comportera une salle des 22 régions ! En ce Rova d’Antananarivo avaient vécu les rois et reines qui accomplirent la mission assignée par Andrianampoinimerina de «ranomasina no valam-paria» : la mer comme limite de nos rizières. Depuis, de nombreux sites hors d’Imerina sont «fady Ambaniandro», interdits aux Merina. Les Merina acceptent cet interdit, mais pourquoi on imposerait aux Merina la présence d’objets usuels ou cultuels qui ne sont pas leurs ? Je me demande si les Antemoro de Vohipeno, les Sakalava du Menabe ou du Boina, accepteraient que leur Rova soient traités comme l’est le Rova d’Ilafy qui accueille une collection hétéroclite d’objets collectés aux quatre coins de l’île… Ces objets serviraient tellement mieux à l’édification des populations qui en sont les propriétaires et ce serait une occasion de conjurer la centralisation dont on accuse régulièrement la Capitale en décentralisant les collections.