Antananarivo, 8 Mai, 6h30 – Un travail « tendancieux ». « Un classement bâclé et infondé ». La ministre de la Communication et de la culture, Lalatiana Rakotondrazafy, a dénoncé vendredi le classement mondial de la liberté de la presse 2023 publié par Reporters sans frontières (RSF). Elle a même parlé de « mauvaise foi » de l’organisation qui, selon elle, n’a pas pris en compte les révisions de la loi sur la communication apportées en 2020. « Il s’agit d’un vrai déni de la loi 2020-006 qui a supprimé toutes les dispositions considérées comme liberticides contenues dans la loi 2016-029 », soutient-elle dans son émission hebdomadaire « Tsy ho tompon-trano mihono » sur les chaînes audiovisuelles publiques.
La ministre regrette que « RSF et son correspondant à Madagascar n’aient pas fait le travail de recoupement et d’investigation suffisant pour établir le classement ». Elle déplore que son nom et celui du président de la République aient été particulièrement cités dans les explications du classement en tant que propriétaires de médias et contribuant à la concentration des médias sur la Grande île. « Nous n’avons qu’un seul organe de presse, et RSF nous reprochent de dominer le secteur », soulève-t-elle en rappelant que « beaucoup d’hommes politiques de l’opposition, dont des candidats éventuels à la présidentielle ont aussi leur organe de presse ». Pour la ministre, le classement de RSF ne peut s’expliquer que par sa « tendance à ne pas aimer les détenteurs actuels du pouvoir ».
Dans son classement annuel de 2023, RSF classe Madagascar 101ème avec une note de 56,6 sur 100. Ce classement représente un recul de trois places par rapport à celui de 2022 où la Grande île était classée 98ème avec une note de 58,02 sur 100. Pour l’indicateur législatif soulevé par la ministre, le classement de Madagascar est passé de 93 en 2022 à 94 en 2023, et la note a régressé de 64,47 en 2022 à 60,69 en 2023.
Même si RSF reconnaît que « depuis la dépénalisation, en 2016, des délits de presse, il est assez rare qu’un journaliste se retrouve en prison pour des faits relevant de l’exercice de ses fonctions », il souligne que « la réforme de 2020 du Code de la communication prévoit des amendes en cas de “diffusion de fausses nouvelles”, d’“outrage” et de “diffamation ». Il rappelle également que « le code donne la possibilité aux autorités de fermer des médias ou d’arrêter des programmes susceptibles de troubler l’ordre public ».
RSF a aussi pris en compte la non-effectivité de nouvelle Autorité nationale de régulation de la communication médiatisée (ANRCM), ou encore la non-adoption de la loi sur l’accès à l’information public et de la loi sur les défenseurs des droits de l’homme et les lanceurs d’alerte. Mais « ces deux textes n’ont rien à avoir avec l’exercice de la fonction de journaliste », réplique la ministre.
Outre l’indicateur législatif, le classement RSF prend aussi en compte les indicateurs politique, économique, social et sécuritaire. La plus mauvaise note est attribuée à l’indicateur économique (36,71) et la meilleure note à l’indicateur sécuritaire (78,39). L’indicateur législatif est en deuxième position, tandis que l’indicateur politique, en quatrième position, n’obtient pas la moyenne (49,03). L’indicateur social, lui, est crédité d’une note de 58,46.
Le contrôle des médias publics par l’Etat et la mainmise des hommes politiques sur les médias sont considérés par RSF comme autant de facteurs plombant le pluralisme et la liberté des journalistes. RSF évoque également « la précarité de la presse malgache qui a des conséquences désastreuses sur la qualité de l’information et l’indépendance des médias », ainsi que « la tendance à l’autocensure due principalement aux lignes éditoriales imposées par les hommes politiques propriétaires de médias, et à l’interdiction de critiquer les annonceurs ».
Pour établir son classement, RSF se base sur un « relevé quantitatif des exactions commises envers les journalistes et les médias » et effectue « une étude qualitative fondée sur les réponses de centaines d’experts de la liberté de la presse sélectionnés par RSF (journalistes, universitaires, défenseurs des droits humains) à une centaine de questions.
Photo : Capture d’écran TVM














