L’ex-Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a été élu mardi président de l’Assemblée nationale quatre jours après avoir été limogé par le chef de l’Etat. Les tensions qui s’étalaient au grand jour depuis des mois entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre ont mené à l’inévitable rupture vendredi soir.
Leader incontesté de leur parti le Pastef, largement majoritaire à l’Assemblée, Ousmane Sonko a été confortablement élu au perchoir mardi matin. La question se pose désormais de savoir si le parlement coopérera avec le président Diomaye Faye pour gouverner et passer des réformes dans le pays qui fait face à de graves difficultés économiques.
Leviers de contre-pouvoir
Le nouveau chef des députés a été longuement applaudi par les députés de son parti qui détient 130 des 165 sièges du Parlement. Il remplace El Malick Ndiaye qui avait démissionné dimanche pour lui céder la place. « Je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Aucun député avec moi n’utilisera cette institution pour une vendetta personnelle », assure Ousmane Sonko, en langue wolof, après son installation au perchoir de l’Assemblée nationale.
Mais « l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement”, ajoute-t-il. A l’entendre, “elle usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs. Nous voterons les lois conformes à l’intérêt général et rejetterons celles qui ne le sont pas ».
Majorité
L’ancien chef de gouvernement félicite aussi son successeur Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô nommé lundi par le président Diomaye Faye qui l’a chargé ensuite de former un gouvernement « dans les plus brefs délais ». Il reconnaît en celui-ci des qualités malgré « leurs divergences sur le franc CFA et la gestion de la dette ».
Ousmane Sonko estime néanmoins que « dans toutes les démocraties, l’exécutif ne peut pas nommer un gouvernement sans se concerter avec la majorité. C’est la majorité à l’Assemblée nationale qui doit gouverner ». Selon lui, « avant de nommer un Premier ministre, le président (de la République) devait en discuter avec la majorité dans le pouvoir et dans l’opposition ».
Boycott
L’élection d’Ousmane Sonko au perchoir a été boycottée par les députés de la principale coalition de l’opposition qui y voit un « coup d’Etat institutionnel », a constaté un journaliste de l’AFP. La majorité parlementaire a « installé quelqu’un, Ousmane Sonko, qui a déjà perdu son mandat de député et ne peut le retrouver. Nous n’allons pas nous associer à cette mascarade », déclare à la presse le député d’opposition Abdou Mbow.
Empêché de se présenter à la présidentielle d’avril 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son bras droit, Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course mais des divergences sont apparues entre eux. Les tensions ont commencé à émerger en juillet 2025 lorsque le bouillonnant Premier ministre s’en était vivement pris au président Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays.
Economie plombée
La nomination du nouveau Premier ministre est interprétée comme un appel du pied aux bailleurs et aux investisseurs en raison des difficultés financières du pays ouest-africain dont l’économie est plombée par une dette atteignant 132% du PIB. A leur arrivée au pouvoir en 2024, les nouvelles autorités avaient accusé le pouvoir de l’ex-président Macky Sall (2012-2024) d’avoir caché une partie de la dette, entraînant la suspension du programme d’aide du FMI de 1,8 milliard de dollars.
La gestion de cette dette a été, avec notamment celle de la justice, parmi les points de désaccord entre le chef de l’Etat et son ex-Premier ministre. Pendant que le premier souhaite discuter avec le Fonds monétaire international (FMI) d’un nouveau programme d’aide, le second vante lui une approche souverainiste.














