Ce que les paysans croyaient être des semences de qualité s’avéraient être des grains porteurs de ruine. Les semences de riz hybride importées et distribuées par l’Etat en janvier-février 2025 étaient porteuses du champignon Tilletia barclayana, agent pathogène responsable du charbon du grain de riz, et avaient commencé à contaminer des variétés de riz local, notamment le Tsemaka et le Makalioka, dans des zones rizicoles du pays. L’affaire a été publiquement révélée par la Cour des comptes lors de la présentation de son rapport public de 2025.
Si l’on en croit le rapport d’audit publié par la Cour des comptes et rapportant des résultats d’analyses disponibles auprès du ministère de l’Agriculture et de l’élevage, des analyses effectuées en juin 2025 sur des échantillons de variétés locales en provenance de Beanana Ambatondrazaka et du district d’Amparafaravola ont révélé des contaminations. Elle parle alors d’une “faute lourde, mettant en péril la riziculture nationale”.
Distribution avant résultats d’analyses
Pour la Cour des compte, la faute est d’autant plus grave que “la législation phytosanitaire n’a pas été respectée” et que “l’acheminement et la distribution des semences contaminées [ont eu lieu] avant la sortie des résultats d’analyse”. “Les semences ont quitté le port de Toamasina entre le 30 janvier 2025 et 27 février 2025 pour être livrées auprès des différentes régions bénéficiaires”, rapporte la Cour alors que “le premier résultat d’analyse a été édité le 04 février 2025”.
Dans une lettre en date du 21 mars 2025 annexée dans le rapport d’audit de la Cour des comptes, le directeur de la protection des végétaux (DPV) au sein du ministère de l’Agriculture et de l’élevage avait demandé “l’arrêt immédiat de la distribution et des plantations de ces semences” contaminées. La Cour des comptes ne précise pas si cette demande a été suivie d’effets, mais elle signale que sur les 200 tonnes de semences importées pour un montant de 6 milliards d’ariary, 120,5 tonnes ont été distribuées.
Outre l’envoi des semences auprès des différentes régions avant la disponibilité des résultats d’analyses, la Cour des comptes dénonce également le défaut d’analyse du risque avant le départ du pays d’origine des semences. Il est également indiqué que les documents phytosanitaires comme le permis d’importation ou le certificat phytosanitaire n’ont pas été présentés au poste de contrôle phytosanitaire à la frontière d’arrivée.
Conservation en magasin de stockage
Dans ses recommandations, la Cour des comptes invite le ministère en charge de l’Agriculture de “mettre en oeuvre les mesures proposées par la direction de la protection des végétaux, autorité compétente sur les produits importés et de protection phytosanitaire”. Cela inclut, entre autres, “la destruction des semences contaminées”.
En attendant, les directeurs régionaux ont été enjoints à conserver les semences de riz hybride reçues du secrétariat d’Etat chargé de la souveraineté alimentaire dans les magasins de stockage. Bien que la mesure ait été prise dans le cadre de l’audit de la Cour des comptes, elle a contribué à limiter la propagation de la maladie avant la mise en œuvre des mesures appropriées, précise la Cour.














