Un gros manquement à l’engagement de change pour les exportateurs de pierres précieuses. Le taux de rapatriement moyen de devises pour leurs opérations entre 2017 et 2025 n’était que de 27,23%. Ce qui signifie que 72,77% soit près de trois quarts des devises dues ne sont jamais retournés dans l’économie nationale. Le coût financier de ce manquement représente un manque à gagner de 1 625,45 milliards d’ariary sur un montant total à rapatrier de 2 233,61 milliards d’ariary. C’est la Cour des comptes qui fait part de cette situation dans son Rapport pour l’exercice budgétaire 2025, présenté jeudi.
Cette tendance s’est surtout accélérée à partir de 2021. Les montants à rapatrier oscillaient encore entre 50 et 113 milliards d’ariary entre 2017 et 2020. Ils ont explosé jusqu’à atteindre un pic de 539,06 milliards d’ariary en 2023. Mais le fait que les exportations aient augmenté ne signifiait toutefois pas une amélioration de la régularisation de la part des opérateurs. En effet, pour la seule année 2023, plus de 437,8 milliards d’ariary de devises issues des exportations de pierres précieuses sont restés à l’étranger.
Bien que les chiffres de 2025 semblent indiquer une baisse du volume global, le secteur des pierres précieuses demeure le deuxième plus “mauvais élève” après l’or en matière de rapatriement de devises. Ce qui affiche une déconnexion persistante entre la valeur exportée et les flux monétaires réels réinjectés à Madagascar.
Le terme rapatriement de devises implique nécessairement que l’exportation a été déclarée officiellement. Les autorités savaient précisément donc quelle quantité de pierres précieuses a quitté le pays et quelle valeur marchande cela représente. Comme dans beaucoup de pays, d’ailleurs, l’exportation n’est pas une opération libre de toute contrepartie. Elle repose sur un engagement de change. Le non-rapatriement des devises risque alors d’entraîner l’affaiblissement des réserves de change au niveau de la Banque centrale. Ce qui a pour conséquence de limiter la capacité du pays à financer ses importations comme le carburant ou autres biens de consommation, rappelle la Cour des comptes.
Mais beaucoup des opérateurs qui ont procédé au rapatriement de devises ne se sont même pas conformés à la cession obligatoire de ces recettes sur le Marché interbancaire des devises (MID). Le Code des changes stipule en effet que tout exportateur de marchandises et tout prestataire de services régi par le droit commun doit céder 70% de ses recettes d’exportation sur le marché des changes dès rapatriement, sans excéder le délai de 30 jours. Pour les recettes d’exportation de pierres précieuses, seulement 22,67% sont cédées sur le MID de 2017 à 2025, indique le rapport de la Cour des Comptes.
Les opérateurs miniers n’effectuent globalement pas la cession des devises sur le MID pour deux raisons principales. Ils expliquent en premier lieu que la vente des devises sur le marché parallèle leur est profitable, avec un taux de change qui est jugé plus avantageux comparé au taux dans le circuit officiel. Et puis, étant obligés de céder 70% des devises rapatriées sur le MID, les exportateurs contournent la réglementation pour garder plus de devises, note la Cour des comptes.














