Antananarivo, 13 Septembre, 14h15 – Madagascar reste l’un des pays d’Afrique où l’utilisation d’engrais minéraux est la plus faible. Selon les chiffres compilés par le Centre international de développement des engrais (IFDC) et la plateforme AfricaFertilizer, les importations de fertilisants ont atteint environ 28,9 millions de dollars en 2023, soit quelque 31 870 tonnes.
Rapporté à la surface agricole, ce volume représente à peine 6,9 kg d’engrais par hectare en 2022, un niveau largement en dessous de la moyenne africaine et mondiale. À titre d’exemple, le programme Sustain Africa, une initiative visant à renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des agriculteurs en Afrique subsaharienne, a distribué 17 274 tonnes à plus de 438 000 petits exploitants entre 2022 et 2023, ce qui souligne l’importance des interventions ponctuelles pour pallier le déficit structurel.
En comparaison, plusieurs pays africains affichent des volumes d’importations et des intensités d’utilisation beaucoup plus élevés. L’Éthiopie, par exemple, a importé pour 1,2 milliard de dollars d’engrais en 2023, avec une utilisation moyenne de 37,8 kg/ha. Le Kenya se situe à 451 millions de dollars d’importations et 35,1 kg/ha, tandis que la Côte d’Ivoire dépasse 360 millions de dollars avec environ 50 kg/ha.
L’Afrique du Sud, pour sa part, combine une valeur d’importations avoisinant 912 millions de dollars en 2024 avec une intensité d’utilisation dépassant 90 kg/ha, un des niveaux les plus élevés du continent. Même le Ghana, avec environ 254 millions de dollars d’engrais importés en 2023, affiche une consommation de près de 37 kg/ha, soit cinq fois plus que Madagascar. Ces écarts traduisent un retard significatif du pays par rapport aux standards régionaux.
Cette faible consommation d’engrais minéraux à Madagascar a des conséquences contrastées. Du point de vue de la production agricole, elle se traduit par des rendements limités. Le riz, culture de base, affiche en moyenne 2,5 tonnes/ha, alors que les pays d’Asie atteignent souvent plus de 4 à 5 tonnes grâce à un apport régulier d’intrants. La productivité insuffisante accentue la dépendance du pays aux importations alimentaires et fragilise sa sécurité alimentaire.
En revanche, une utilisation réduite d’engrais présente aussi des aspects positifs car moins de dépendance directe aux chocs de prix internationaux et une pression environnementale moindre sur les sols et les cours d’eau. Elle ouvre aussi la voie à des alternatives comme l’agroécologie et l’utilisation de fertilisants organiques, stratégies déjà expérimentées dans certaines régions. Le défi pour Madagascar reste donc de trouver un équilibre. Augmenter l’usage des engrais minéraux de manière raisonnée pourrait améliorer les rendements et réduire la vulnérabilité alimentaire, tout en intégrant des solutions durables adaptées aux réalités locales.














