Le riz malgache cherche-t-il son salut à l’exil? Etouffés sous des stocks invendus, les riziculteurs d’Alaotra proposent d’écouler leurs produits vers le marché extérieur. “Puisque d’importantes quantités de riz importé sont déjà sur le territoire et ne peuvent être renvoyées, nous demandons à l’État de libéraliser l’exportation des produits locaux comme mesure d’urgence pour débloquer la situation”, lance le président du Syndicat des riziculteurs d’Alaotra, Alfred Rakotonirina. Une piste de solution qu’il a présentée devant la presse, ce mardi.
Cette piste est avancée bien que d’autres issues jugées concrètes sont déjà identifiées localement. Alfred Rakotonirina parle de régulation du flux, consistant à créer un espace de vente pour le riz local en freinant mécaniquement la mise en marché du riz importé. “La suspension de la mise sur le marché de riz importé permettra l’écoulement des stocks restants dans l’Alaotra, la Sofia, le Bongolava et dans tout Madagascar. C’est une demande légitime et parfaitement réalisable à court terme”, expose-t-il.
Le Gouvernement avait déjà proposé aux riziculteurs une solution d’écoulement de produits via la State Procurement of Madagascar (SMP). Mais le volume racheté par cette société d’État est jugé dérisoire. A raison de 50 tonnes par semaine, les calculs faits par les producteurs ont montré qu’il faudrait 446 semaines pour épuiser les stocks actuels. Or, la nouvelle récolte arrive dans un mois et ils indiquent ignorer où elle sera stockée.
Alfred Rakotonirina souligne alors l’urgence, compte tenu de la crise majeure traversée par cette filière. Les riziculteurs ne peuvent d’ailleurs plus se permettre de vendre davantage à perte, bien que ce soit le riz qui assure leur survie. En mai 2025, ils avaient établi un prix plancher basé sur un coût de revient de 1 530 ariary pour le paddy. En cette fin mars, après avoir subi la chaleur et les ravages des nuisibles, le kilo de l’époque ne pèse plus que 850 grammes aujourd’hui. Par conséquent, le coût de revient réel a grimpé à 2 100 ariary. Pourtant, le prix d’achat actuel oscille entre 900 et 1 000 ariary. “Le paysan travaille à perte de 100%. Si cette situation perdure, le découragement gagne définitivement nos campagnes”, déplore-t-il.
Le mécontentement des riziculteurs d’Alaotra semble avoir déjà atteint un point de rupture. Ils prévoient de descendre de nouveau dans les rues de Vohidiala ce mercredi pour manifester contre l’effondrement des prix du paddy dans cette région. “Nous sommes contraints d’en arriver là, car c’est visiblement le seul moyen pour que les responsables à Madagascar nous prêtent l’oreille”, regrette un autre membre du syndicat. “Toutefois, afin d’éviter d’en venir à de telles extrémités, les agriculteurs sollicitent une rencontre directe avec les dirigeants, pour leur exposer de vive voix leurs aspirations ainsi que les maux qui les frappent aujourd’hui”, poursuit-il.
“Nous lançons un appel solennel, et plus particulièrement au Président de la Refondation de la République : privilégions le dialogue. Rencontrons-nous pour identifier des issues concrètes”, conclut alors Alfred Rakotonirina.













