La branche de production nationale (BPN) de tubes et tuyaux plastiques place le débat sur le terrain de la survie industrielle. Face à la montée des importations de ces marchandises, elle alerte sur une dégradation jugée critique de sa situation économique. Elle estime alors que ’évaluation du préjudice doit s’appuyer sur des indicateurs objectifs, comme l’érosion des parts de marché, la pression accrue sur les prix et la contraction des marges.
Contrairement aux arguments avancés par les importateurs, les produits étrangers pénètrent certains segments stratégiques à des prix agressifs, parfois inférieurs aux coûts locaux, soutient-elle. A l’entendre, cette dynamique se traduit par une sous-utilisation des capacités de production et met en péril la viabilité des investissements industriels réalisés à Madagascar.
Souveraineté industrielle
Au-delà des considérations économiques, la BPN défend un enjeu de souveraineté industrielle. Elle rapporte que le secteur représente plus de 3 000 emplois directs et fait vivre des centaines de familles. Il contribue également aux recettes fiscales et au développement des compétences techniques locales. Pour ses acteurs, la mise en place de mesures de sauvegarde apparaît ainsi comme un levier indispensable pour préserver ce tissu socio-économique et réduire la dépendance du pays aux aléas logistiques et géopolitiques susceptibles de perturber l’approvisionnement.
C’est dans ce contexte que l’Autorité nationale chargée des mesures correctives commerciales (ANMCC) est appelée à trancher. L’institution a organisé ce mercredi une audition publique réunissant les différentes parties prenantes, dans le cadre d’une enquête visant à déterminer si les importations causent un préjudice grave à la production locale, conformément aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Protectionnisme jugé excessif
En face, les exportateurs venant d’autres pays, notamment la partie mauricienne, appuyés par les importateurs locaux, mettent en garde contre les effets d’un protectionnisme jugé excessif. Ils soulignent l’interdépendance des chaînes de valeur régionales et estiment que l’instauration de restrictions, qu’il s’agisse de droits de douane ou de quotas, entraînerait une hausse des coûts pour le secteur de la construction et une réduction de la disponibilité des produits. Un tel scénario pourrait, selon eux, favoriser une situation de quasi-monopole et freiner l’innovation.
Les exportateurs plaident également pour une application stricte des règles de l’OMC, rappelant que les mesures de sauvegarde doivent rester exceptionnelles, proportionnées et limitées dans le temps. Ils appellent ainsi au respect des engagements régionaux de Madagascar, notamment en maintenant les flux d’importation à des niveaux comparables aux volumes historiques. Par ailleurs, ils demandent d’exclure du champ de l’enquête certains produits non concernés mais partageant les mêmes codes douaniers.
Mesures de sauvegarde
À l’issue de cette audition, l’ANMCC devra analyser l’ensemble des données recueillies avant de statuer sur une éventuelle mesure de sauvegarde. Si celle-ci est envisagée, des consultations seront engagées avec les partenaires concernés, conformément aux dispositions de l’OMC. La décision finale reposera sur une évaluation objective des faits, dans un arbitrage entre protection de l’industrie locale et maintien des équilibres commerciaux.
