À Madagascar les « gros » billets sont rois. Bien que les pièces de monnaie soient encore en circulation, celles-ci sont très peu manipulées par la population, et ce, pour différentes raisons. Une situation qui conduit à des contraintes sociales auxquelles les Malgaches doivent faire face au quotidien.
Quand on veut acheter quelque chose, on dit « ohatrinona », soit « l’équivalent de quoi ? » en français. Ce terme qui a été utilisé durant la période du troc est encore utilisé dans son sens littéral au XXIème siècle. Aujourd’hui, une pièce de 50 Ariary équivaut à un bonbon, une pièce de 20 Ariary équivaut à un mini-bonbon. Et c’est ce que l’épicier rend quand il n’a pas de monnaie.
Dans les grands magasins, la situation est souvent différente. Certains articles sont vendus à un prix se terminant par 90 ariary, mais les caissiers ne se sentent pas toujours obligés de rendre les 10 ariary ou les 20 ariary de monnaie, au grand dam de certains clients. « Où sont tous les 20 ariary que vous m’avez pris », s’est un jour plaint un client qui s’est rendu compte qu’il manquait cette somme à ce que le caissier lui a donné après une course. Toutefois, quand les achats excèdent de quelques dizaines de milliers d’ariary, les caissiers arrondissent vers le bas le montant à payer par les clients. Un responsable auprès d’une institution financière affirme cependant que « chaque jour, un grand magasin s’approvisionne en pièces d’une valeur de 100 000 Ariary auprès de notre banque ».
Les pièces de monnaie existent bel et bien, mais ne circulent pas au niveau de la population. Si les bus ne les acceptent pas toujours, l’épicier préfère le troquer par une friandise. Certaines grandes entreprises, elles, choisissent tout simplement de ne pas rendre la monnaie en pièces, même si pour compenser, elles arrondissent parfois vers le bas les montants pour ne pas exiger des pièces aux clients. Quand les monnaies qui ne sont pas rendues s’accumulent, elles peuvent néanmoins atteindre une somme considérable.
Casse-tête
« Il existe plusieurs explications à ce phénomène social. Premièrement, cela est dû à la dévalorisation de l’Ariary. Ensuite, l’arrivée des gros billets, notamment celui de 20 000 Ariary, a accentué cette dépréciation », affirme Victor Andriamihajanirina, économiste. Rendre la monnaie est devenue un véritable casse-tête, entraînant souvent des bagarres sur les transports en commun. « Tsy misy madinika » (pas de petites coupures ou pas de pièces de monnaie) est devenu le refrain préféré des vendeurs. Certains préviennent en amont : « ataovy madinika ny volanao » (préparez des petites coupures ou des pièces).
Pour ne pas avoir à rendre la monnaie, faite de pièces, ou même de billets en petite coupure, les commerçants, notamment les petits commerçants arrondissent les prix. Si un article coûte 350 Ariary, le marchand le vend à 400 Ariary. Pour un produit de 400 ariary, il propose trois pièces à 1 000 ariary.
Adieu les petites monnaies qui vont à la tirelire. « Il m’arrive de dire au vendeur de garder la monnaie. Je préfère cela que de perdre mon temps à attendre qu’il en trouve », témoigne Seheno. Dans la société, nombreux sont comme Seheno, qui ne revendiquent pas leur argent pour ne pas se trouver dans la frustration. Une situation qui profite probablement surtout aux grands magasins ou aux sociétés, qui accumulent les petites sommes.














