“Le déficit d’effectifs, tant au niveau des représentations extérieures qu’au département central, limite la portée et l’efficacité de l’action diplomatique” malgache. L’audit du ministère des Affaires étrangères récemment effectué par la Cour des comptes fait ressortir les causes des lacunes et des défaillances actuelles de la diplomatie malgache. Outre les “vacances prolongées des postes de chefs de mission”, le rapport publié le 19 mars dernier, évoque également l’“insuffisance des effectifs déployés au niveau des représentations extérieures”.
Cette situation résulte d’une “immixtion directe de la présidence de la République dans les processus de gestion des ressources humaines des représentations extérieures, au-delà des cadres légaux prévus par la Constitution et du décret relatif à l’organisation et aux attributions du ministère des Affaires étrangères”, indique l’audit. Les documents consultés par la Cour des comptes montrent que “les nominations et affectations des agents sont désormais subordonnées à l’obtention préalable d’une autorisation expresse de la présidence de la République”.
Dans son document, la Cour des comptes rappelle que si la nomination des chefs de mission diplomatique, tels que les ambassadeurs, consuls et représentants permanents relève du président de la République, la nomination des agents diplomatiques et administratifs relève du ministère des Affaires étrangères. Or, pour la période examinée, de 2021 à 2025, “le ministère des Affaires étrangères ne dispose plus d’une maîtrise pleine et entière sur les affectations des agents au sein des représentations extérieures”.
Absence au vote
Parmi les conséquences signalées par la Cour des comptes figure ainsi l’absence de participation de Madagascar “au vote sur la résolution relative à la levée de l’embargo sur Cuba, faute de personnel diplomatique accrédité” en octobre 2025. Mais tout récemment encore, la Grande île est, avec le Bénin, le seul pays africain à ne pas avoir participé au vote de la résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves de crime le plus grave contre l’humanité.
Si l’on en croit le rapport de la Cour des comptes, la représentation permanente de Madagascar auprès des Nations unies à New York ne compte que deux agents, un chauffeur et l’agent comptable, alors que les textes prévoient la présence de plusieurs diplomates et d’un chef de mission. “Depuis le rappel du dernier diplomate en poste à New York, Madagascar ne pouvait plus participer au vote parce qu’un agent comptable ne peut pas s’exprimer au nom du pays”, confie une source au courant du dossier.
Insuffisance accentuée
A l’Union africaine à Addis Abeba dont Madagascar est suspendu depuis octobre 2025 et qui, pourtant, “constitue un cadre stratégique majeur pour l’intégration régionale, la paix et la sécurité sur le continent”, la représentation permanente de Madagascar ne dispose que de deux conseillers, de cinq agents ECD (employés de courte durée) et d’un agent comptable. “Dans plusieurs Repex, les taux d’occupation des emplois diplomatiques et des emplois administratifs et techniques sont inférieurs à 50%”, souligne la Cour des comptes qui précise que “cette insuffisance s’est accentuée entre le 31 décembre 2024 et le 30 novembre 2025”.
Dans son document, la Cour des comptes signale qu’au 30 juin 2025, seules six des 23 représentations extérieures disposent d’un ambassadeur en poste. Il s’agit, notamment de Pékin en Chine, de Washington aux Etats-Unis, de Port Louis à Maurice, de Rabat au Maroc, de Genève en Suisse et auprès des institutions spécialisées des Nations Unies et de la représentation permanente auprès de l’Unesco à Paris. Avec l’avènement de la Refondation, cinq ambassadeurs ont été démis de leur fonction, et au 31 décembre 2025, “seule la représentation de Washington est pourvue d’un ambassadeur”.














