Au coup de sifflet final, Romuald “Rôrô” Rakotondrabe tombe dans les bras de son gardien remplaçant, Hasina Ratsimbazafy, en larmes, la chemise perlée de sueurs. Il sait que son équipe, les Barea A’, vient d’écrire une des plus belles pages de l’histoire du football et du sport collectif malgache. D’une reprise de volée quasi-parfaite, Toky Rakotondraibe a arraché la victoire pour les Malgaches, au bout du temps additionnel. Une victoire estampillée du courage et de la résilience, les marqueurs de cette épopée fantastique de l’équipe nationale malgache lors de ce championnat d’Afrique des Nations, joué au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.
Le compte-rendu du match signé Andriamanambe Raoto, chroniqueur sportif, pour 2424.mg
Le film de la 1ère mi-temps
Cette demi-finale opposant Madagascar au Soudan a commencé assez timidement. Le coach malgache a décidé de remanier son onze de départ, avec un choix fort : mettre sur le banc Aro Hasina “Dax” Andrianarimanana, milieu et capitaine expérimenté.
Les Faucons de Jediane peuvent s’appuyer sur une équipe très solide qui n’a encaissé que deux buts depuis le début du tournoi. D’ailleurs, ils misent davantage sur leur physique imposant pour contrecarrer les Malgaches, plus mobiles, ce qui a donné un jeu un peu haché durant les premières minutes. D’ailleurs, dès la 4ème minute, sur une charge de Alrashed, Andy Rakotondrajoa doit céder sa place.
Après 15 minutes plutôt à l’avantage des Barea, les Faucons de Jediane décident de proposer un jeu plus direct. Sur un centre de Hussein Moussa, Tony Andriamanampisoa, le capitaine malgache, propulse le ballon au fond de son propre but (17e), mais heureusement que l’attaquant soudanais est signalé hors-jeu.
L’avertissement est sans frais mais les Soudanais poussent jusqu’à obtenir un coup-franc dangereux frappé par le capitaine, Walieldin Khedr. La frappe cadrée est repoussée par Michel « Toldo » Ramandimbisoa, qui valide son 21e arrêt durant ce tournoi. Le momentum change du côté malgache.
Lalaina Rafanomezantsoa emmène son ballon sur son flanc gauche et glisse intelligemment pour Onjaniaina Hasinirina qui repique dans l’axe. Madagascar aurait pu ouvrir le score, mais la frappe est contrée par la défense soudanaise (25e).
Les Soudanais répliquent à leur tour en procédant par contre. Sur un ballon perdu au milieu du terrain, la charnière centrale qui a trop monté laisse échapper Moussa Hussein qui s’en va défier Michel « Toldo » Ramandimbisoa. Un retour salvateur de Tony Andriamanampisoa empêche le Soudanais de frapper au but (29e). Les Barea retrouvent un temps fort qu’aurait pu valider Fenohasina Razafimaro s’il avait cadré sa tête. Les Barea et les Faucons de Jediane se quittent dos à dos avec un score nul et vierge.
Le film de la deuxième mi-temps
Au retour des vestiaires, les Malgaches décident d’accélérer. Le bloc soudanais est toujours compact. La tâche est facilitée par des Barea qui confondent vitesse et précipitation et qui pêchent énormément dans l’avant-dernier geste. Les passes sont mal assurées. Il était écrit que Fenohasina Gilles Razafimaro allait marquer cette demi-finale. L’attaquant d’Elgeco Plus reçoit coup sur coup deux cartons jaunes. Il doit laisser ses coéquipiers à 10 (78e).
Cependant, les Soudanais ne réussissent pas à profiter de leur supériorité numérique et le jeu trop stéréotypé est facilement lu par la défense malgache menée par l’impeccable Toky Rakotondraibe et grâce aux innombrables récupérations de balle et à l’abattage monstre de Rijaniaina « Nicolas » Randriamanampisoa, élu, à juste titre, homme du match. Les Faucons de Jediane auraient pu plier le match si, à la 88e minute, Hamzami Fargali n’avait pas loupé l’immanquable quasiment devant le but vide. La seule fois où les Soudanais ont réellement pu profiter de leur supériorité numérique. Héroïques, les Barea arrachent, une fois de plus, les prolongations, comme face au Kenya.
Des prolongations irrespirables
Dès le début des prolongations, les Soudanais mettent une très grosse pression malgré un jeu stéréotypé. Quant aux Malgaches, le respect des consignes tactiques est mis en avant. Plus le temps avance, plus le bloc équipe des Barea prend confiance et essaye de construire par un jeu de passes travaillé et dans les intervalles. Durant ces prolongations, les Barea ne semblent pas évoluer à 10.
Sur une énième phase de jeu bien construite, l’équipe nationale signe un bijou collectif. A la 120e, quasiment de la ligne médiane, Rayan « Dahery » Rajaonarivelo récupère la balle pour le décaler à Félicité Manohatsoa, sur son flanc droit. L’attaquant adresse une mini-transervale à Toky Rakotondraibe, dos au but, qui remet en une touche pour Rayan « Dahery » Rajaonarivelo. Le joueur du Disciples FC envoie une passe entre les lignes dans la surface soudanaise pour Lalaina Rafanomezantsoa qui, à son tour, remise délicieusement à Toky Rakotondraibe qui n’a plus qu’à conclure au second poteau, d’une volée pleine de sang-froid, une action collective de toute beauté. L’attaquant du Cosfa marque peut-être le but de la compétition. Il libère surtout les Barea et tout un peuple.
Voilà les Barea au rendez-vous face à un adversaire autrement plus coriace : le Maroc qui a défait un peu plus tard dans la soirée, aux tirs au but, le Sénégal. Un rendez-vous avec l’histoire pour graver le nom des Barea dans l’éternité du sport collectif.














