Pourquoi investir dans le travail décent, le moyen le plus efficace de renforcer la résilience et de prévenir les crises ?
Par André Bogui, Sous-directeur général & Directeur du Cabinet du Directeur général, Organisation internationale du travail (OIT)
L’Afrique recèle un potentiel énorme, avec une population jeune en pleine croissance, un esprit d’innovation et des communautés déterminées à bâtir un avenir meilleur. Avec un soutien approprié, ce potentiel peut être source de croissance inclusive, de paix et de résilience bien au-delà du continent.
Cependant, alors que la planète est confrontée à une insécurité croissante, à des chocs climatiques et à des crises humanitaires, c’est en Afrique, où les communautés sont en première ligne de la vulnérabilité, que ces défis convergents se font le plus sentir.
À l’Organisation internationale du Travail, nous pensons que le travail n’est pas seulement un moyen de subsistance. Il est le fondement de la résilience, de la paix et de la sécurité. C’est grâce à lui que les communautés se reconstruisent, que les personnes déplacées retrouvent leur dignité et que les pays peuvent éviter la prochaine crise avant qu’elle ne survienne.
Le Japon en est conscient depuis longtemps. En tant que leader mondial dans le domaine de la réduction des risques de catastrophe et partenaire précieux de l’OIT depuis sa création, le Japon a soutenu des investissements dans le travail décent qui vont au-delà de la création d’emplois : ils constituent la pierre angulaire d’une stabilité durable.
Lorsque les personnes ont accès à un emploi productif et de qualité, elles sont mieux à même de résister aux chocs, de subvenir aux besoins de leur famille et de contribuer à des sociétés pacifiques. C’est pourquoi, en collaboration avec le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, nous transmettons ce message à la 9e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique : le renforcement de la résilience doit commencer par le travail décent.
Au Mozambique, après les cyclones Idai et Kenneth, l’aide japonaise a permis à l’OIT de réhabiliter des routes rurales essentielles et de restaurer un centre d’enseignement et de formation techniques et professionnels grâce à des approches à forte intensité de main-d’œuvre. Les avantages ont largement dépassé le cadre des infrastructures : des milliers de jours de travail ont été créés, les travailleurs ont gagné un revenu et acquis de nouvelles compétences, et les institutions locales ont été renforcées afin d’offrir des technologies alternatives pour la prévention.
À Madagascar, les écoles primaires reconstruites pour les communautés touchées par le cyclone Batsiraï en 2022 sont devenues des bouées de sauvetage lors des tempêtes de cette année. Elles étaient les seuls bâtiments suffisamment solides pour résister au vent et aux inondations, preuve de la rigueur des méthodes de construction à forte intensité de main-d’œuvre qui ont créé à la fois des emplois et de la sécurité. Il s’agit là d’une reconstruction après une catastrophe qui donne du pouvoir aux populations.
Contrairement aux solutions à court terme, les approches fondées sur le travail favorisent un développement durable. Elles aident les jeunes à trouver un avenir chez eux. Elles réduisent les tensions dans les communautés fragiles. Et elles ouvrent la voie à la protection sociale, à la formation professionnelle et à la croissance inclusive, en particulier pour les femmes, les jeunes, les personnes handicapées et les populations déplacées.
Nous sommes profondément reconnaissants envers le peuple japonais pour son soutien continu. Son approche montre que la réduction des risques de catastrophe ne consiste pas seulement à réagir aux crises. Il s’agit d’investir dans les personnes afin d’assurer la prévention et la préparation avant que la prochaine catastrophe ne frappe.
Il est temps que d’autres suivent cet exemple. Nous appelons la communauté internationale à placer le travail décent au cœur de ses efforts pour soutenir l’Afrique. Non seulement pour la relance, mais aussi pour libérer tout le potentiel d’un continent prêt à prendre les devants.
Car un emploi, c’est plus qu’un salaire. C’est la dignité, l’espoir et la meilleure assurance contre la prochaine crise.
Partenariat rémunéré x @Ilo Madagascar














