Démographiquement restreinte mais hautement qualifiée. Bien que la diaspora malgache se caractérise par un effectif relativement modeste, estimé à 200 000 personnes, sa configuration géographique témoigne d’un profil socio-professionnel d’élite. Une écrasante majorité de cette population, soit 93,6 %, est établie dans des pays à revenu élevé en 2024. C’est la Banque africaine qui l’expose dans son dernier Rapport sur les perspectives économiques en Afrique.
L’institution panafricaine indique s’être référée à la base de données démographiques des Nations unies. Cette concentration massive dans les économies les plus développées pourrait alors suggérer un niveau d’instruction élevé ainsi qu’une intégration réussie dans des secteurs d’activité à forte valeur ajoutée. La BAD place alors Madagascar parmi les pays présentant le plus grand potentiel inexploité de la diaspora, en termes financiers.
En prenant les données sur les transferts de fonds qui proviennent des Indicateurs du développement dans le monde de la Banque mondiale, la contribution de la diaspora malgache se traduit par un flux annuel de transferts de fonds s’élevant à 400 millions de dollars. Si ce montant global peut paraître timide à l’échelle macroéconomique, la BAD révèle son importance lorsqu’il est ramené individuellement à chaque membre de la communauté expatriée. L’effort consenti par les migrants malgaches s’établirait en moyenne à 1 813,5 dollars par personne, selon cette institution financière.
Ces capitaux constituent habituellement une bouffée d’oxygène quotidienne pour les ménages restés à Madagascar. Ils financent notamment les besoins de base tels que la santé, l’éducation et la consommation courante, tout en agissant ainsi comme un filet de sécurité sociale informel.
Un immense potentiel inexploité au service du développement est toutefois soulevé. L’enjeu majeur réside, selon la BAD, dans l’écart entre la situation présente et les capacités réelles de mobilisation financière. Les projections économiques estiment le niveau de référence optimal pour Madagascar à 1,8 milliard de dollars. Avec les envois annuels de la diaspora malgache, il reste donc un potentiel annuel inexploité de 1,4 milliard de dollars.
Cette situation pourrait s’expliquer par des mécanismes de transfert, souvent coûteux ou informels, ainsi que l’absence de produits financiers attractifs, tels que des obligations de la diaspora ou des fonds d’investissement dédiés. Ce qui freine généralement l’injection de ces capitaux dans l’économie formelle.
La BAD explique que même lorsque la diaspora n’est pas exceptionnellement importante en termes absolus, des pays tels que la Gambie, le Kenya et le Sénégal sont capables de tirer parti de leurs réseaux internationaux plus efficacement que de nombreux autres pays africains. En moyenne, ces cinq pays reçoivent 8 461 dollars par membre de la diaspora chaque année des pays à revenu élevé et 4 950 dollars des pays à revenu intermédiaire et faible. Cette situation démontre qu’il est possible d’atteindre des niveaux élevés de mobilisation financière de la diaspora même en dehors des pays les plus riches, lance cette institution panafricaine.
